XXII. Quant aux discours prononcés aux approches de la guerre, ou pendant sa durée, il était difficile d’en conserver exactement les termes précis, soit que je les eusse personnellement entendus, soit qu’'ils m’eussent été rapportés d’ailleurs. Aussi ai-je prêté à chacun le langage qu’il me paraissait avoir dû nécessairement tenir dans la circonstance, me tenant, du reste, pour l’ensemble de la pensée, le plus près possible de ce qui avait été dit réellement Il est facile de voir que ces discours sont, au moins pour le style, entièrement de Thucydide. On y reconnaît partout sa manière d’écrire ; la plupart même eussent été déplacés dans les circonstances où l’historien suppose qu’ils ont été prononcés ; ils ne sont qu’un cadre adopté pour détacher du corps de l’ouvrage des événements, des détails de moeurs que Thucydide a voulu mettre dans un plus grand jour (V. la Préface ). . Pour ce qui est des événe- ments de la guerre, je ne m’en suis rapporté ni aux informations du premier venu, ni même à mon opinion personnelle ; j’ai cru ne devoir rien écrire sans avoir soumis à l’investigation la plus exacte chacun des faits, tout aussi bien ce que j’avais vu moi-même que ce que je connaissais par ouï-dire. Il était difficile, d’ailleurs, de découvrir la vérité ; car ceux qui avaient assisté aux événements ne s’accordaient pas dans leurs rapports, et les dires des deux partis variaient suivant les inclinations personnelles et la mémoire de chacun. Peut-être aussi ces récits, dépouillés de tout merveilleux, paraîtront- ils moins agréables à la lecture ; mais il me suffira qu’ils soient jugés utiles par ceux qui voudront connaître la vérité sur le passé et préjuger les événements ou identiques, ou analogues, qui naîtront dans l’avenir du fonds commun de la nature humaine. Cet ouvrage est plutôt un bien légué à tous les siècles à venir qu’un jeu d’esprit destiné à charmer un instant l’oreille.