Après cela, tous les alliés assistèrent en armes aux funérailles de Brasidas, Il fut enterré aux frais du public dans la ville, à l'entrée de la place actuelle La loi chez les Grecs ne permettait pas d’enterrer dans l’intérieur des villes. On ne dérogeait à cet usage que pour les fondateurs de la cité ou pour des bienfaiteurs signalés. Dans ce cas, le tombeau était considéré comme un sanctuaire. C’est ainsi que Ti-moléon fut enterré sur la place publique de Syracuse, et Thémistocle sur celle de Magnésie. . Les Amphrpohtams entourèrent son tombeau d’une balustrade ; ils lui offrent des victimes comme à un héros, et ont institué en son honneur des jeux et des sacrifices annuels. Enfin , ils lui ont dédié la colonie comme à son fondateur, après avoir renversé les monuments d’Hagnon L’ancien conducteur de la colonie athénienne (liv. IV, ch. eu), et qui, en cette qualité, conservait à Amphipolis les honneurs rendus par les colonies à leurs fondateurs. , et fait disparaître toutes les traces de son établissement. Ils regardaient Brasidas comme leur sauveur. C’était d’ailleurs, sur le moment, un hommage rendu à Lacédémone, dont ils se ménageaient alors l’alliance et l’appui, tandis qu’ennemis d'Athènes, ils n’avaient plus le même intérêt ni le même plaisir à honorer Hagnon. Ils rendirent leurs morts aux Athéniens. La perte de ces derniers dans cette journée avait été de six cents hommes, celle des ennemis seulement de sept; en effet, ce ne fut point un combat régulier, mais une simple rencontre précédée d’une panique. Après l’enlèvement des morts, les Athéniens mirent à la voile pour Athènes. Cléaridas réorganisa l’administration d’Amphipolis. Sur la fin du même été , les Lacédémoniens Ramphias, Autocharidas et Epicÿdidas partirent, avec un renfort de neuf cents hoplites, pour le littoral de la Thrace. Arrivés à Héraclée en Trachinie, ils opérèrent dans cette ville les réformes qui leur parurent indispensables. Ils y étaient encore à l’époque de la bataille d’Amphipolis. Là-dessus l’été finit. Dès l’entrée de l’hiver suivant, Ramphias et ses collègues s’avancèrent jusqu’à Piérion en Thessalie ; mais l’opposition des Thessaliens et la mort de Brasidas, auquel ce renfort était destiné, les décidèrent à rebrousser chemin. Ils estimaient leur mission superflue depuis la défaite et la retraite des Athéniens., et iis ne se senlaieift pas capables de poursuivre à eux seuls tes projets de Brasidas. Ce qui acheva de les déterminer, ce iut qu’à leur départ les Lacédémoniens leur avaient paru animés d’intentions pacifiques. Aussitôt après la bataille d’Amphipolis et . la retraite de Raraphias de Thessalie, les deux partis se montrèrent également las de la guerre et désireux de la paix. Les Athéniens, qui venaient d’essuyeT coup sur coup deux défaites, à Délion et à Amphipolis, n’avaient plus dans leurs forces cette confiance .absolue qui naguère leur avait fait Tepousser les ouvertures de conciliation et les avait persuadés de la stabilité de leur fortune actuelle. Ils craignaient que leurs alliés, enhardis paT ces revers, ne fussent toùjours plus enclins à la défection, et ils regrettaient de n’avoir pas profité des événements de Pylas pour traiter avec avantage. De leur côté , les Lacédémoniens voyaient la guerre prendre une tournure tout autre qu’ils n’avaient espéTé. Ils avaient cru n’avoir qu’à ravager l’Attique pour abattre en peu d’années la puissance des Athéniens. Au lien de cela, ils avaient éprouvé à Sphactérie un désastre sans exemple dans les annales de Sparte ; leurs campagnes étaient pillées par les garnisons de Pylos et de Cythère ; leurs Hilotes désertaient, et il était à craindre queceux de l’intérieur, donnant la main à ceux du dehors, ne saisissent la première occasion pour renouveler leur révolte. De plus, la trêve de trente ans conclue avecles Argiens était sur le point d'expirer, et ceux-ci refusaient de la proroger à moins qu’on ne leur Tendît la Cynu-rie District de Thyréa, situé entre la Laconie et l’Ar-golide. Il avait anciennement appartenu aux Argiens, qui n’avaient jamais cessé de le revendiquer. Voyez Hérodote, liv. I, ch. lxxxit. . Or, il paraissait impossible de soutenir à la fois la guerre contre Athènes et contre Argos. Enfin ils soupçonnaient avec raison certaines villes du Péloponèse d’incliner vers les Argiens. Tout cela faisait sentir aux uns comme aux autres la nécessité d’un rapprochement. Les Lacédémoniens surtout le désiraient à cause de leurs prisonniers de l’île, dont plusieurs étaient des Spartiates du premier rang et alliés aux meilleures familles. Aussi des négociations avaient-elles été entamées dès l’origine de leur captivité ; mais les Athéniens, enorgueillis de leurs succès, s’étaient montrés intraitables. Depuis la malheureuse affaire de Délion, les Lacédémoniens, les voyant mieux disposés, s'étaient empressés de conclure avec eux la trêve d’un an, pendant laquelle on devait ouvrir des conférences pour une paix définitive.