Des deux factions qui divisaient Mégare, l’une craignait que Brasidas ne ramenât les bannis et ne provoquât son expulsion; l’autre, que le peuple, appréhendant le même résultat, ne se tournât contre elle, et qu’ainsi la ville déchirée ne devînt la proie des Athéniens qui l’épiaient. On ne reçut donc point Brasidas. Les deux partis aimèrent mieux garder l’expectative. On s’attendait à une bataille entre les Athéniens et les auxiliaires ; et l’on croyait plus sûr de se décider après l’événement. Brasidas, n’ayant pas réussi dans sa démarche, alla rejoindre le gros de sa troupe. A la pointe du jour parurent les Béotiens. Avant même le message de Brasidas, ils avaient songé à secourir Mégare, dont le danger les touchait de près, et déjà ils étaient à Platéè avec toutes leurs forces. L’arrivée du messager les remplit d’un nouveau zèle. Ils envoyèrent à Brasidas deux mille deux cents hoplites et six cents cavaliers ; le reste de leurs troupes se retira. L’arrivée de ce renfort portait à six mille hoplites l’effectif de l’armée réunie devant Niséa. Les Athéniens avaient leurs hoplites en bataille autour de cette ville et sur le rivage, tandis que leurs troupes légères étaient éparses dans la plaine ; car jusqu’à ce moment, les Mégariens n’avaient point reçu de secours. Les cavaliers béotiens, fondant à l’improviste sur ces troupes légères, les poursuivirent jusqu’à la mer; mais les cavaliers athéniens s’ébranlèrent à leur tour et l’action s’engagea. On combattit longtemps, et les deux partis s'attribuèrent la victoire. La cavalerie béotienne ayant poussé jusque sous les murs de Niséa, les Athéniens tuèrent le chef de cette troupe, ainsi qu’un petit nombre de soldats. Ils les dépouillèrent, restèrent maîtres des morts, qu’ils rendirent ensuite par composition, et dressèrent un trophée. A tout prendre cependant, il n’y eut d’avantage décisif ni d’un côté ni de l’autre. Les combattants se séparèrent, les Béotiens pour rejoindre les leurs, les Athéniens pour rentrer dans Niséa. Là-dessus. Brasidas et ses troupes se rapprochèrent de la mer et de la ville de Mégare. Ils occupèrent une position favorable, s’y rangèrent en bataille, et se tinrent en repos, dans l’idée que les Athéniens viendraient les y chercher. Ils n’ignoraient pas que les Mégarisns observaient de quel côté pencherait la victoire. Les Péloponésiens trouvaient dans cette manœuvre un double avantage : en premier lieu, de ne pas commencer l’attaque et de ne pas aller de gaieté de cœur au-devant du danger ; il leur suffisait de s’être montrés disposés à combattre pour pouvoir s’attribuer une victoire qui n’anrait pas coûté une goutte de sang. En second lieu, c’était le meilleur parti à prendre relativement à Mégare. Ne pas offrir le combat, c’était s’enlever toutes les chances, passer infailliblement pour vaincus et perdre aussitôt la ville. Si l’armée athénienne refusait la lutte, l’objet pour lequel ils s’étaient mis en campagne serait atteint par ce seul fait. Ce fut précisément ce qui arriva. Les Athéniens sortirent et se déployèrent en avant des longs murs ; mais, voyant Brasidas immobile, ils restèrent eux-mêmes en repos. Leurs généraux considéraient qu’après le succès presque complet de leur entreprise, la partie n’était pas égale entre eux et un ennemi supérieur en nombre : vainqueurs, ils ne s’assuraient que de Mégare ; vaincus, ils perdaient la fleur de leur infanterie. Au contraire, les Péloponésiens, dont les forces étaient entières et formées de contingents partiels, n’avaient pas les mêmes raisons d’éviter la lutte. Les deux armées restèrent quelque temps en présence, sans entamer le combat. Ensuite les Athéniens les premiers rentrèrent à Niséa, et les Péloponésiens reprirent leurs anciennes positions. Dès lors, les Mégariens amis des exilés, regardant Brasi-das comme vainqueur par cela seul que les Athéniens avaient refusé la bataille, conçurent plus d’audace et lui ouvrirent leurs portes, ainsi qu’aux autres commandants des Péloponé-siens. Ils se concertèrent tous ensemble, tandis que les partisans d’Athènes étaient frappés de stupeur. Ensuite les alliés se dispersèrent dans leurs villes, et Brasidas lui-même retourna à Corinthe achever, pour l’expédition de Thrace, les préparatifs commencés. Quand les Athéniens eurent également effectué leur retraite, ceux des Mégariens qui avaient entretenu le plus de relations avec eux, se voyant démasqués, prirent aussitôt la fuite. Les autres, d'accord avec les amis des exilés, rappelèrent ceux-ci de Pagæ, après leur avoir fait solennellement promettre qu’ils ne garderaient point de rancune et ne prendraient conseil que de l’intérêt public. Néanmoins, ces hommes ne furent pas plutôt parvenus au pouvoir, qu’ils firent une revue des milices ; et, après avoir eu soin de séparer les bataillons, ils choisirent une centaine de leurs ennemis ou des principaux partisans d’Athènes; ils forcèrent le peuple de donner publiquement sur eux son suffrage , obtinrent ainsi leur condamnation et les mirent à mort. Après quoi, ils établirent dans la ville un régime franchement aristocratique. C’est ainsi que Mégare ne sortit d’une sédition que pour retomber pendant longtemps sous le joug de l’oligarchie. Le même été, les Mytiléniens se mirent en devoir de fortifier Antandros, comme ils en avaient le projet. Les géné^ raux athéniens Démodocos et Aristidès, chargés de lever le tribut, se trouvaient alors dans l’Hellespont, tandis que Lama-chos, leur collègue, avait fait voile avec dix vaisseaux pour le Pont-Euxin. Avertis des préparatifs qui se faisaient à Antandros, ils craignirent qu’il n’en fût de cette place comme d’Anéa près de Samos Voyez liv. III, ch. xix et χχχη. . Les exilés samiens s’y étaient établis, et de là ils favorisaient la marine des Péloponésieus, en leur envoyant des pilotes ; ils fomentaient des troubles dans la ville de Samos et donnaient asile aux proscrits. En conséquence, les généraux athéniens rassemblèrent des troupes alliées, firent voile pour Antandros, battirent ceux qui essayèrent de leur résister et reprirent la place. Peu de temps après, Lamachos, qui était entré dans le Pont et avait relâché dans le fleuve Calex Fleuve de Bithynie, plus souvent appelé Calés (aujourd'hui Chelit). Il se jette dans le Pont-Euxin, un peu au S. 0. d’Héraclée-Pontique. près d’Héraclée, perdit ses vaisseaux par l’effet d’une forte crue d’eau survenue tout à coup cians l’intérieur des terres. Il traversa à pied avec son armée le pays des Thraces-Bithyniens, qui habitent en Asie au delà du détroit, et parvint à Chalcédoine, colonie de Mé-gare, à l’entrée du Pont.