<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:py="http://codespeak.net/lxml/objectify/pytype" py:pytype="TREE"><text xml:lang="fre"><body><div type="translation" xml:lang="eng" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1" n="4"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="66"><p>Le même été, les Mégariens de la ville, pressés d’un côté par les Athéniens, qui deux fois chaque année envahissaient en masse leur territoire, de l’autre par leurs propres exilés qui, de Pagæ où ils s’étaient retirés à la suite dune émeute<note xml:lang="mul"><p>L’auteur a passé sous silence les détails de cette-sédition de Mégare, à la suite de laquelle les aristocrates exilés se     <pb n="528"/> réfugièrent à Pagæ ; mais elle se trouve racontée par Diodore de Sicile (XII, lxvi)* Quant aux dévastations périodiques exercées ea Mégaride par les Athéniens, voyez Thucydide, liv. II, ch. luit. Sur le décret qui'interdisait sous peine de mort aux Mégariens l’entrée de l’Attique, voyez Plutarque, Périclès, xxx.Sifr les souffrances qui en résultèrent pour Mégare, voyez Aristophane, les Acharniens, v. 761.  </p></note>, mettaient la campagne au pillage, se dirent qu’il fallait rappeler les bannis et ne pas laisser plus longtemps la ville exposée à ce double danger. Instruits de ces dispositions, les amis des exilés se mirent à parler plus haut qu’ils n’avaient encore osé le faire. Alors les chefs du parti démocratique, sentant que le peuple accablé par la souffrance ne tarderait pas à leur échapper, furent saisis de crainte et entrèrent en pourparlers avec les généraux athéniens, Hippocratès fils d’Ariphion et Démosthène fils d’Alcisthénès. Ils offraient de leur livrer la ville ; ce parti leur paraissait moins dangereux que le retour des citoyens qu’ils avaient fait bannir. Il fut convenu que les Athéniens s’empareraient d’abord deâ longs murs qui relient à la ville le port de Niséa, distant de huit stades. Par là on empêcherait lesPéloponésiens de sortir de Niséa, où ils tenaient garnison pour observer Mégare. Ensuite, on tâcherait de livrer aux Athéniens la ville haute, ce qui serait facile une fois le premier résultat obtenu.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="67"><p>Lorsqu’on se fut mis d’accord et que tout fut prêt

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pour l’exécution, les Athéniens, à l’entrée de la nuit, débarquèrent dans nie de Minoa, dépendance de Mégare, avec six cents hoplites commandés par Hippocratès. Tls se blottirent à courte distance, dans un fossé d’où l’on tirait des briques pour les murs. Une seconde troupe, aux ordres de Démosthène, l’autre général, composée de Platéeos armés à la légère et de péripoles <note xml:lang="mul"><p>Les péripoles étaient un corps de jeunes Athéniens de dix-huit à vingt ans, qui, avant d’être incorporés dans la milice régulière, faisaient un service d’école, et étaient ordinairement employés pour la garde des frontières. Voy. liv. II, ch. xin, note 5, et liv. VIII, ch. 'xcii, note 1. </p></note>, s’embusqua dans le temple de Bellone , encore plus rapproché. A part les‘conjurés, nul ne s’aperçut de ces mouvements nocturnes. Un peu avant l’aube, les Mégariens qui trahissaient employèrent la ruse suivante. Depuis longtemps ils s’étaient ménagé l’ouverture des portes. Ils avaient obtenu du commandant la permission de transporter de nuit sur un char, à travers le fossé jusqu’au rivage, un bateau à deux rames, avec lequel ils couraient la mer comme des pirates; puis, avant qu’il fît jour, ils le ramenaient par la porte sur le même char. De cette façon, les Athéniens stationnés à Minoa ne voyaient dans le port aucun bâtiment, et leur attention n’était pas éveillée. En ce moment, le char était déjà devant la porte; on l’ouvrit, comme d’habitude, pour donner passage au bateau. A cette vue, les Athéniens qui avaient le mot, s’élancent de leur embuscade et accourent avant que la porte ne se . referme. Pendant que le char embarrasse l’entrée, les conjurés mégariens égorgent les gardes. Au même instant, les Platéens et les péripoles de Démosthène se précipitent les premiers, à l’endroit où est maintenant le trophée. Aussitôt le combat s’engage en dedans des portes avec les Péloponésiens postés dans le voisinage et accourus au premier bruit ; mais les Platéens les repoussent et assurent l’entrée aux hoplites athéniens.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="68"><p>A mesure que ceux-ci ont franchi la porte, ils se dirigent vers la muraille. La garnison péloponésienne, quoique peu nombreuse, résista d’abord et eut quelques hommes tués ; mais bientôt la plupart des soldats prirent la fuite, épouvantés par cette attaque nocturne et par la trahison des Mégariens; car ils crurent toute la population complice. Une circonstance accidentelle les confirma dans cette erreur. Le héraut athénien fit de son chef une proclamation pour inviter les Méga-riens de bonne volonté à venir en armes se joindre aux Athéniens. Cette proclamation acheva d’intimider les soldats du Péloponèse. Ils se crurent en butte à une conspiration générale et se sauvèrent à Niséa.
</p><p>Au lever du soleil, les murs étaient entièrement occupés. Une extrême agitation régnait dans Mégare. Les traîtres qui

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avaient négocié avec les Athéniens demandaient qu’on ouvrit les portes et qu’on sortît pour combattre. Or, il était convenu qu’aussitôt les portes ouvertes, les Athéniens s’y jetteraient. Les conjurés, pour être reconnus et moins exposés, devaient être frottés d’huile. Ils risquaient peu à ouvrir les portes ; car, suivant la convention, quatre mille hoplites et six cents cavaliers d’Athènes étaient arrivés d’Éleusis après une marche de nuit. Déjà les conjurés s’étaient frottés d’huile et se tenaient aux portes, lorsqu’un d’entre eux dévoila le complot aux citoyens qui l’ignoraient. Aussitôt ceux-ci accourent en foule et soutiennent qu’il ne faut point sortir; que c’est exposer la ville à un danger manifeste ; qu’auparavant, bien qu'on eût plus de force , jamais on ne l’avait osé ; qu’enfin, si Ton s’obstine, on se battra sur place. Au surplus, ils feignaient d’être dans l’ignorance du complot, et se bornaient à maintenir leur opinion comme la meilleure ; mais en même temps ils demeuraient près des portes, bien décidés à les défendre, de sorte que les traîtres ne pouvaient exécuter leur projet.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="69"><p>Les généraux athéniens, sentant qu’il était survenu quelque contre-temps et qu’il devenait impossible de brusquer la ville, investirent sur-le-champ Niséa, dans l’espoir de s’en emparer avant qu’elle fût secourue, et d’avoir ainsi meilleur marché de Mégare. Il leur vint bientôt d’Athènes des maçons avec des outils et tous les objets nécessaires. Dans l’intervalle des murs qu’ils occupaient, ils commencèrent par construire une traverse du côté de Mégare ; puis, à partir des deux extrémités de cet ouvrage, ils tirèrent un mur et un fossé pour enfermer Niséa de part et d’autre jusqu’à la mer. L’armée se distribua le travail. On utilisa les pierres et les briques du faubourg ; en coupa des arbres et des branchages pour établir des palissades dans les endroits qui le réclamaient ; enfin, les maisons du faubourg furent crénelées et mises en état de défense. Cette opération se poursuivit toute la journée; le lendemain au soir le mur était à peu près achevé. Les Niséens furent dans la consternation. Ils manquaient de vivres ; car ils avaient coutume de s’approvisionner au jour le jour dans la ville haute. Ils comptaient peu sur un prompt secours du Pé-lopouèse; enfin, ils s’imaginaient avoir à .dos les Mégariens. Ils capitulèrent donc, à condition de payer par tête une somme déterminée, de livrer leurs armes et d’abandonner à la discrétion des Athéniens le commandant et les autres Lacédémoniens qui étaient dans la place ; à ces conditions ils sortirent. Les


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Athéniens renversèrent la portion des longs murs qui aboutissait à la ville de Mégare; et, maîtres de Niséa, ils s’y établirent solidement.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="70"><p>En ce moment, le Lacédémonien Brasidas , fils de Tellis, se trouvait aux environs de Sicyone et de Corinthe, occupé à préparer une expédition pour le littoral de la Thrace. Il connut bientôt la prise des murs. Craignant pour Mégare et pour les Péloponésiens de Niséa, il fit dire aux Béotiens de venir en toute hâte le rejoindre à Tripodiscos ; c’est le nom d’un village de Mégaride situé au pied de la montagne de Géranie <note xml:lang="mul"><p>Sur la Géranie et le village de Tripodiscos, voyez liv. I, ch. cv, note 3. En cet endroit se rencontraient les deux chemins, venant l’un de Corinthe par l’isthme, l’autre de Béotie par Platée ou par Creusis. </p></note>. Il s’y rendit lui-même avec deux mille sept cents hoplites de Corinthe, quatre cents de Phlionte, six cents de Sicyone, indépendamment des soldats qu’il avait déjà rassemblés. Il comptait que Niséa tiendrait jusqu’à son arrivée. Mieux informé, il choisit quatre cents hommes de ses troupes ; et, avant que sa marche ne fût découverte—il était parti de nuit pour Tripodiscos— il s’approcha de Mégare, sans être aperçu des Athéniens, qui étaient près de la mer. Il voulait qu’il fût dit qu’il avait fait au moins une démonstration sur Niséa ; mais il tenait surtout à pénétrer dans Mégare pour s’assurer de cette place. Il demandait à y être reçu, dans l’espoir, disait-il, de ressaissir Niséa.
</p></div></div></div></body></text></TEI>