<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:py="http://codespeak.net/lxml/objectify/pytype" py:pytype="TREE"><text xml:lang="fre"><body><div type="translation" xml:lang="eng" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1" n="4"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="6"><p>Les Péloponésiens qui étaient en Attique n’eurent pas plus tôt appris l’occupation de Pylos, qu’ils se hâtèrent de regagner leur foyers. Les Lacédémoniens, et le roi Agis à leur tête, regardaient cette affaire comme personnelle. D’ailleurs ils s’étaient mis en campagne de bonne heure ; les blés étaient en core verts, les vivres rares; enfin le temps était plus mauvais que de coutume et l’armée en souffrait. Ces divers motifs accélérèrent leur retraite et rendirent cette invasion la plus courte de toutes ; car ils ne restèrent pas plus de quinze jours en Attique.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="7"><p>Vers la même époque, Simonidès, général athénien, s’empara par trahison d’Êon <note xml:lang="mul"><p>Il ne faut pas confondre cette ville avec celle d’Eîon, située à l’embouchure du Strymon. Celle-ci était une colonie d’Athènes (I, xcvm), et les Athéniens n’avaient pas cessé d’en être les maîtres (IV, cvi, cvii). La ville d’Éon, qui n’est pas mentionnée ailleurs, était probablement en Chalcidique. </p></note>, ville du littoral de la Thrace, colonie des Mendéens et ennemie d’Athènes. Il avait rassemblé dans ce but quelques Athéniens et beaucoup d’alliés du pays. Mais attaqué promptement par les Chalcidéens et les Bottiéens, il fut chassé avec Une grande perte.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="8"><p>Dès que les Péloponésiens furent de retour d’Attique, les Spartiates et leurs Périèques les plus voisins n’eurent rien de plus pressé que de marcher contre Pylos; mais le reste des Lacédémoniens, à peine retenu d’une autre expédition, mit peu d’ardeur à les suivre. Ils firent savoir par tout le Péloponèse qu'on eût à se rendre le plus tôt possible à Pylos. Ils rappelèrent leurs soixante vaisseaux de Corcyre. Cette flotte, transportée par-dessus l’isthme de Leucade, trompa la surveillance des Athéniens qui mouillaient à Zacynthe et parvint à Pylos. L’armée de terre y était déjà. D’autre part Démosthène, avant l’arrivée de la flotte péloponésienne, avait dépêché à Zacynthe deux vaisseaux pour avertir Eurymédon et les Athéniens du danger de Pylos. Sur ce message de Démosthène, ceux-ci,ne perdirent pas un instant pour aller à son secours. Les Lacédémoniens se préparaient à attaquer par mer et par terre. Ils espéraient s’emparer sans peine d’ouvrages construits à la hâte et gardés par une poignée de défenseurs. Comme ils s’attendaient bien à voir accourir de Zacynthe la flotte athénienne, ils avaient le projet, en cas de non-réussite, d’obstruer les entrées du port, pour le fermer aux Athéniens. L’île de Sphactérie, qui s’étend un peu en avant de ce port, le met à l’abri des vents et ne laisse que deux passes fort étroites : la première, en face de Pylos et

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des ouvrages athéniens, n’offre accès qu’à deux vaisseaux de front; la seconde, à l’autre extrémité, peut en recevoir huit ou neuf. Cette île, alors déserte, était boisée et sans chemins frayés. Son étendue est d’environ quinze stades<note xml:lang="mul"><p>Un peu plus de deux kilomètres et demi. Le stade vaut cent quatre-vingt-cinq mètres. La longueur de l'île qui s’étend devant le port de Navarin est au moins le double de cette indication. Aussi le chiffre donné par le texte a-t-il soulevé quelques doutes. </p></note>. Les Lacédémoniens se disposaient à fermer les passes au moyen d'une rangée de vaisseaux, la proue en dehors. Quant à l’île, de peur que l’ennemi ne s’en servît contre eux, ils résolurent d’y faire passer des hoplites et d’en poster d’autres le long du continent. De cette manière les Athéniens trouveraient l’île occupée, etla terre ferme ne leur offrirait aucun lieu de débarquement. Or, comme la rade de Pylos est le seul point des environs où l’abord possible, ils ne sauraient où descendre pour aller au secours des leurs. Ainsi les Péloponésiens comptaient emporter sans combat naval et sans danger une place mal approvisionnée et insuffisamment défendue. En conséquence ils firent passer dans l’île des hoplites tirés au sort d’entre tous les bataillons. Les premiers qu’on y transporta furent relevés à tour de rôle ; les derniers, ceux qui plus tard s’y trouvèrent enfermés, étaient au nombre de quatre cent vingt, non compris leurs Hilotes<note xml:lang="mul"><p>Probablement à raison d’un serviteur par hoplite, suivant l’usage général des Grecs. On ne peut appliquer ici le calcul fait par Hérodote (liv. IX, ch. xxvm) à l’occasion de la bataille de Platée; car il n’y avait point à Sphactérie de troupes légères. </p></note>. Le chef de cette troupe était Epitadas fils de Molobros.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="9"><p>Démosthène, voyant les Lacédémoniens sur le point d’attaquer par mer et par terre, fit à son tour ses préparatifs. Les trirèmes qui lui restaient furent tirées sur le rivage au pied du rempart et entourées d’une palissade. Leurs matelots furent armés de méchants boucliers, d’osier pour la plupart ; en effet, dans ce lieu désert, il n’était pas question de se procurer des armes; celles-là même furent empruntées à une triacontore de pirates<note xml:lang="mul"><p>Bâtiments légers, à trente rames, et armés en course. Les Messéniens sont ceux de Naupacte. </p></note>, ainsi qu’à un brigantin, messéniens l’un et l’autre, que le hasard avait amenés. Ces Messéniens fournirent une quarantaine d’hoplites, que Démosthène incorpora parmi les siens. H plaça la plus grande partie de ses hommes, armés ou non, sur le flanc le plus fort de la place, du côté du continent, avec ordre de repousser les gens de pied. Lui-même, avec soixante hoplites choisis et quelques archers, sortit de l’enceinte et s’avança vers la mer, à l’endroit où il présumait que les ennemis tenteraient la descente. C’était une côte malaisée et garnie de rochers, tournée vers la haute mer<note xml:lang="mul"><p>On peut conclure de là que le premier combat livré par Démo-sth^ne n’eut pas lieu sur la côte qui borde le port de Pylos, mais dans la partie extérieure, au* N. de la pointe de Sphactérie. Le mot πέλαγος, dont se sert ici Thucydide, indique tôujours une mer ouverte. </p></note> ; mais il pensait que le mur étant le plus faible de ce côté, ce serait là le point d’attaque. Les Athéniens, dans leur confiance en la supériorité de leur marine, avaient négligé de fortifier ceflanc, de sorte que l’ennemi, en brusquant la descente, avait chance de réussite. C'est pourquoi Démosthène prit position sur le bord de la mer. Après

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avoir disposé ses hoplites de manière à faire toute la résistance possible, il leur adressa l’exhortât ion suivante :
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="10"><p>« Soldats qui affrontez avec moi le péril de cette journée, que nul de vous, en ce moment suprême, ne s’ingénie à calculer l'étendue de notre danger. Marchez plutôt tête baissée, animés d’une confiance qui vous rendra vainqueurs. En présence d'une nécessité impérieuse, il ne faut pas raisonner, mais aller droit au but.
</p><p>« Pour moi, j’estime que nous avons les chances les meilleures, si nous voulons tenir ferme et, sans nous effrayer du nombre des ennemis, ne pas trahir nos avantages. La difficulté de l’abord est en notçe faveur. Si vous restez, ce sera un auxiliaire; si vous reculez, cette côte, tout ardue qu’elle est, s’aplanira faute d’obstacle. D'ailleurs les ennemis seraient plus à craindre si, venant à être pressés, ils se voyaient acculés à la mer. Tant qu’üs sont sur leurs vaisseaux, rien de plus aisé que de les combattre ; une fois débarqués, la partie devient égale.
</p><p>« Quant à leur multitude, elle ne doit pas vous intimider. Quelque nombreux qu’ils soient, ils ne combattront qu’en détail, grâce à la difficulté de prendre terre. Ce n’est pas ici un combat de plaine, où, toutes choses étant d'ailleurs pareilles, le nombre doit l’emporter. Ils sont sur des vaisseaux ; or en mer il faut le concours de mille circonstances. A mes yeux leurs désavantages compensent amplement la disproportion de nos forces. Je parie à des Athéniens : ils savent par expérience combien il est difficile d’opéref un débarquement en présence d’ennemis résolus à l’empécher, qui ne reculent pas épouvantés par le bruit des rames ou par l’impétuosité de l’abord.
</p><p>« Soyez donc fermes sur ces rochers que vous allez défendre. Saches vous garder vous-mêmes, vous et le poste qui vous est confié. »
</p></div></div></div></body></text></TEI>