Le même hiver, les Chiotes démolirent leur nouvelle muraille à la réquisition des Athéniens, qui leur prêtaient des projets de révolte. Ils n’obéirent cependant qu’après avoir obtenu l’assurance la plus formelle qu’il ne serait rien innové à leur égard. Là-dessus l’hiver finit, et avec lui la septième année de la guerre que Thucydide a racontée. L’été suivant ne faisait que de commencer Huitième année de la guerre, 424 av. J.-C. , lorsqu’il y eut une éclipse de soleil à l’époque du renouvellement de la lune Le .21 mars. , ainsi qu’un tremblement de terre dans les premiers jours du mois. Les bannis de Mytilène et du reste de Lesbos, partis du continent pour la plupart et soutenus par des mercenaires levés dans le Péloponèse ou dans le pays même, s’emparèrent de la ville de Rhétée Ville de Mysie, près du cap du même nom, à l’entrée de l’Hellespont. Voyez liv. VIII, ch. a* . Ils la frappèrent d’une contribution de deux mille stratères phocaïques Le statère de Pbocée était une monnaie d’or, équivalente au darique, c’est-à-dire à vingt drachmes athéniennes, soit dix-huit francs. Vo yez liv. III, ch. lxx, note 5. ; après quoi ils la rendirent sans lui faire d’autre mal. Ils marchèrent ensuite sur Antandros, qui leur fut livrée par trahison. Leur plan était de soustraire à la domination athénienne toutes les villes · dites de la côte Les mêmes qui, au livre III, chapitre l, sont dites les villes du continent en face de Lesbos. Les Athéniens s’en étaient emparés après la soumission de Mytilène. , qui avaient anciennement appartenu aux Mytiléniens, et en particulier Antandros. Cette place offrait de grands avantages pour la construction des vaisseaux par la proximité de l’Ida, qui fournissait des bois en abondance ; elle était d’ailleurs pourvue d’un matériel suffisant. Ils avaient le projet de la fortifier encore, et de s’en faire un point d’appui pour infester Lesbos, située à peu de distance, et pour s’emparer des autres places éoliennes du continent. Le même été, les Athéniens firent une expédition contre Cythère avec soixante vaisseaux, deux mille hoplites et un petit nombre de cavaliers. Leurs alliés de Milet et de quelques autres villes les accompagnaient. Les généraux étaient Nicias fils de Nicératos, Nicostratos fils de Diotréphès et Autoclès fils de Tol-méos. Cythère est une île adjacente à la Laconie et voisine du cap Malée. Les habitants sont des Lacédémoniens de la classe des Périèques. Chaque année on y envoyait de Sparte un magistrat nommé Cythérodicès Juge de Cythère, sorte de bailli ou de provédi- teur. Sur l’importance de Cythère pour Lacédémone, comparez Hérodote, liv. VU, ch. ccxxxv. La restitution de Cythère fut stipulée en première ligne par les Lacédémoniens dans 1e traité de.paix. Voyez liv. IV, ch. cxvin, et liv. V, ch. xvin. . Les Lacédémoniens y entretenaient une garnison d’hoplites, et gardaient cette île avec le plus grand soin, parce que son port était fréquenté par les vaisseaux marchands venant d’Égypte et de Libye Cet abord des vaisseaux marchands venant d’Égypte est de neu-veau mentionné au livre VIII, chapitre xxxv. Il paraît avoir surtout consisté en cargaisons de blé, la Grèce ne suffisant pas λ sa consommation. . De plus elle préservait des déprédations la côte maritime, seul point vulnérable de la Laconie. En effet cette île s’étend dans toute sa longueur vers les mers de Sicile et de Crête. Les Athéniens ayant pris terre, dix de leurs vaisseaui et deux mille hoplites de Milet Si le nombre indiqué est exact, il faut admettre qu’il y avait sur la flotte autant d’hoplites milésiens que d’hoplites athéniens, et que les troupes de débarquement étaient aussi nombreuses que les équipages, ceux-ci devant monter à deux mille hommes pour dix vaisseaux, à raison de deux cents par trirème. Enfin Poppo remarque avec justesse que les Milésiens n’étaient guère en état de fournir tant d’auxiliaires, eux qui, ayant à défendre leurs foyers (liv. VIII, ch. xxv), ne mettent sur pied que huit cents hoplites. Il est probable qu’il y a dans le texte une erreur de chiffre. s’emparèrent de la ville de Scandéa, située au bord de la mer. Le reste de l’armée alla descendre dans la partie de l’ile‘qui fait face au Malée, et marcha contre la ville maritime des Cythériens. On les trouva tous campés hors des murs. Le combat s’engagea bientôt. Les Cythériens tinrent quelque temps ; mais ensuite ils tournèrent le dos et se réfugièrent dans la ville haute Il y avait dans Plie de Cythère deux villes distinctes : celle de Scandéa au S., et celle de Cythère au S. Celle-ci se subdivisait en deux parties : la ville basse ou maritime et la ville haute ou acropolis. . Plus tard, ils capitulèrent avec Nicias et ses collègues; ils se rendirent à discrétion, sous la seule réserve d’avoir la vie sauve. Déjà précédemment, Nicias avait noué des intelligences avec quelques Cythériens. C’est ce qui facilita dans le moment la transaction et valut aux habitants de meilleures conditions pour la suite ; autrement les Athéniens n’eussent pas manqué d’expulser de Cythère toute la population, qui était lacédémonienne et proche de la Laconie. Là-dessus les Athéniens prirent possession de Scan dé a, qui est située près du port. Ils mirent une garnison à Cythère et firent voile pour Asiné, Hélos et les autres places du littoral. Ils y opérèrent des descentes, passèrent la nuit où bon leur sembla, et ravagèrent la campagne pendant sept jours. Les Lacédémoniens, voyant les Athéniens maîtres de Cythère, et s'attendant à ce qu’ils feraient de nouveaux débarquements dans leur pays, ne leur opposèrent nulle part leurs forces réunies ; ils se contentèrent d’envoyer des détachements d’hoplites sur les points les plus menacés. Ils redoublaient de vigilance ; car tout leur faisait craindre quelque révolution : le désastre aussi terrible qu’imprévu arrivé à Sphactérie; la prise de Pylos et de Cythère ; enfin la vivacité d’une guerre qui multipliait autour d’eux ses coups inopinés. Aussi formèrent-ils, contrairement à leur usage, un corps de quatre cents cavaliers et un autre d’archers Sans doute un corps permanent de troupes mercenaires. La cavalerie de Lacédémone était mauvaise et peu nombreuse (Voyez Xénophon, JfeZL, VI, iv). Elle se composait de six compagnies de cent hommes, attachées à chacune des six divisions ( μόραι ) de l’armée lacédémonienne, et commandées chacune par un hippar-moste. Le service de cavalier était dédaigné par les Spartiates. Les archers étaient étrangers, ordinairement Crétois. . Plus que jamais ils étaient las de la guerre. Ils se voyaient engagés dans une lutte maritime qu’ils étaient mal préparés à soutenir, surtout contre des Athéniens, aux yeux desquels l’inaction était une perte véritable. Cette rapide succession de calamités inattendues les avait frappés de stupeur. Sans cesse ils appréhendaient quelque nouvelle catastrophe pareille à celle de Plie. En un mot, ils n’avaient plus la même hardiesse. Ils ne pouvaient faire un pas sans crainte de commettre une faute, tant leur confiance était ébranlée par des revers inaccoutumés.