Cette proposition ayant été rejetée, lee généraux athéniens attendirent encore un jour. Le lendemain, ils levèreet l’ancre pendant la nuit, après avoir embafqué tous leurs hoplites sur un petit nombre de vaisseaux. Un peu avant l’aurore, ils descendirent sur les deux flancs de l’île, du côté de la haute mer et du côté du part, Les hoplites, au nombre d’environ huit cents, se portèrent à la, course contre l’avant-poste ennemi, Lee Lacédémoniens étaient échelonnés de la manière suivante. Un premier détachement secomposait d’une trentaine d’hoplites. Au centre de nie, près de l'eau Près du centre de Sphactérie, on remarque une excavation, qui paraît avoir servi de puits. C’est là apparemment l’eau saumâtre dont s’abreuvaient les Lacédémoniens. Voyez ch. xxvi. , sur un terrain uni, était le gros de la troupe, commandé par Ëpitadas. Une faible réserve gardait l’extrémité de l'île en face de Pylos. Cet endroit était coupé à pic du côté de la mer et difficilement abordable du côté de la terre, il s'y trouvait un vieux retranchement en pierres sèches, que les Lacédémoniens comptaient utiliter dans le cas où ils seraient forcés de battre en retraite. Telles étaient leurs dispositions, Les Athéniens fondent au pas de course sur l’avant-poste. En fin un clin d'œil, ils massacrent les soldats encore couchés ou prenant à peine leurs armes. La descente s’était opérée avec tant de süeneè que les ennemis l'avaient prise pour le mouvement ordinaire des vaisseaux dans leur station de nuit. Au point du jour, le reste des soldats, chacun selon son arme spéciale, débarqua de soixante et dix navires on un peu plus, sur lesquels on ne laissa que le dernier rang de rameurs Les trois rangs de rameurs dans les trirèmes formaient trois classes distinctes de matelots. Le rang supérieur, composé des hommes les plus vigoureux et qui maniaient les plus longues rames, s’appelait thraniles, le rang intermédiaire zeugites, le rang inférieur thalamiens. Voyez liv. VI, ch. xxxi, note 3. . Il y avait huit cents archers, autant de peltastes, les Messéniens auxiliaires, enfin toute la garnison de Pylos, excepté ceux qui étaient de garde sur le rempart. Démosthène les distribua par groupes de deux cents ou davantage, auxquels il fit occuper les hauteuis. Il voulait que les Lacédémoniens, cernés de toutes parts, ne sussent de quel côté faire face, assaillis en tous sens par k multitude, pris à dos s'ils avançaient, en flanc s'ils se portaient à droite ou à gauche. Ile ne pourraient faire un pas sans avoir derrière eux les troupes légères, insaisissables ennemis, qui les attaqueraient de loin à coups de flèches, de javelots, de pierres ou de frondes, et qu’il n'y aurait pas moyen de poursuivre ; car elles triomphaient même en fuyant ; et, dès que l'ennemi rétrogradait, elles revenaient à la charge. Tel était le plan d’attaque précédemment conçu par Démosthène et qu’il mit alors à exécution. Les soldats d'Épitadas, qui formaient le gros de la troupe, voyant leur avant-poste massacré et une armée en mouvement contre eux, se rangèrent en bataille et se portèrent contre les hoplites athéniens qu’ils avaient en tête, au lieu que les troupes légères étaient répandues sur leurs flancs ou derrière eux. Mais ils ne purent joindre les hoplites ni faire usage de leur habileté ; car ils étaient contenus par les troupes légères,. qui les couvraient de javelots; et les hoplites athéniens, au lieu de marcher à leur rencontre, demeuraient immobiles. Quand les troupes légères s’approchaient trop, les Lacédémoniens les mettaient en fuite ; mais ces hommes lestement équipés combattaient en se retirant et dans leur fuite prenaient aisément l’avance; car les aspérités du sol, dans ces lieux longtemps inhabités, rendaient la poursuite impraticable aux Lacédémoniens pesamment armés. Quelques moments se passèrent ainsi en escarmouches ; mais bientôt les Lacédémoniens devinrent incapables de se porter assez promptement sur les points menacés, et les troupes légères s’aperçurent qu’ils mettaient moins de vivacité dans leur défense. Elles, au contraire, sentirent leur courage doublé en se voyant si supérieures en nombre. Déjà elles s'habituaient à ne plus avoir peur des Lacédémoniens, parce .qu’elles ne les avaient pas trouvés d’abord tels qu’elles s’y attendaient. Au premier instant, elles n’avaient pu se défendre d’un sentiment d’effroi à la pensée qu’elles allaient combattre des Lacédémoniens ; mais la crainte fit place au dédain ; et, poussant un cri terrible, elles se précipitèrent sur eux en masse avec des pierres, des traits, des javelots, chacun avec la première arme venue. Leurs clameurs, jointes à cette incursion soudaine, frappèrent d’épouvante des hommes peu faits à ce genre de combat. Les cendres de la forêt nouvellement consumée s’élevaient en tourbillons dans les airs, et, mêlées à la grêle de traits et de pierres, interceptaient le jour. Dès ce moment, les Lacédémoniens se trouvèrent dans une position désastreuse. Leurs cuirasses de feutre Les cuirasses des fantassins grecs étaient de laine ou de lin fortement drapé, et assez épaisses pour être à l’épreuve des projectiles. Les cavaliers portaient des corselets de métal, pour suppléer au bouclier d’airain, arme défensive des hoplites. ne les mettaient pas à l’abri des flèches ; les dards dont ils étaient criblés s’y enfonçaient en se brisant. Ils ne savaient où donner de la tête, incapables de rien voir devant eux et d’entendre les commandements , que couvraient les cris des ennemis. Accablés de toutes parts, ils n’entrevoyaient aucune espérance de se dégager en combattant. Déjà un grand nombre d’entre eux étaient couverts de blessures ; car ils n’avaient fait que tournoyer à la même place. Enfin, serrant leurs rangs, ils se replièrent sur le dernier retranchement de Tîle et sur le poste qui le gardait. Les troupes légères, les voyant céder, redoublèrent de cris et d’audace; elles les assaillirent dans leur retraite et tuèrent tous ceui qu’elles purent atteindre. La plupart cependant parvinrent à gagner le retranchement ; et, réunis à ceux qui l’occupaient, ils se disposèrent à défendre tous les points accessibles. Les Athéniens les suivirent; mais, ne pouvant tourner la position, A cause de l’escarpement du terrain, ils l’abordèrent de front. La lutte fut opiniâtre ; pendant la plus grande partie du jour, les deux partis combattirent, malgré la lassitude, la soif et l’ardeur du soleil. Ils s’efforçaient, les uns d’enlever la hauteur, les autres de s’y maintenir. Au surplus, la défense était plus facile pour les Lacédémoniens depuis que leurs flancs n’étaient plus découverts.