Ainsi parlèrent le» Lacédémoniens. Ils croyaient que les Athéniens, naguère disposés à un accommodement qui n’avait échoué que du fait de Lacédémone, s’empresseraieut d’accepter la paix qui leur était offerte et de rendre les guerriers. Mais les Athéniens, persuadés qu’ayant ces gages en leur pouvoir, ils seraient toujours les maîtres de traiter, portaient plus haut leurs exigences. Ils étaient surtout excités par le démagogue Cléon fils de Cléénétos, qui avait alors un extrême ascendant sur le peuple. C’est lui qui leur persuada de répondre qu'il fallait préalablement que les guerriers de Pile fussent livrés, eux et leurs armes, et amenés à Athènes; qu’ensuite les I Lacédémoniens rendissent Niséa, Pagæ, Trézène et l'Achaie Voyez liv. I, ch. cxv, note 2. . qui se trouvaient entre leurs mains, non par droit de conquête mais en vertu du dernier traité, que le malheur des temps et le besoin de la paix avaient arraché aux Athéniens; qu’à ces conditions on rendrait les guerriers et l’on ferait une paix dont les deux peuples fixeraient la durée. Les députés ne firent pas d’objection ; mais ils demandèrent qu’on nommât des commissaires chargés de discuter à loisir avec eux ces divers articles et d’admettre ceux sur lesquels on tomberait d’accord. Là-dessus Cléon jeta feu et flammes contre les Lacédémoniens, disant qu’il savait bien dès l’origine toute leur mauvaise foi; qu’il n’y avait plus à en douter, puisqu’ils refusaient de s’expliquer devant le peuple et voulaient ne le faire qu’en petit comité. Il les somma, si leurs intentions étaient droites, de les déclarer séance tenante. Les Lacédémoniens, quoique disposés par leurs malheurs à faire des concessions, sentaient qu’il ne leur était pas possible de s’ouvrir en pleine assemblée. Ils craignaient, si leurs offres étaient Tejetées, de se trouver en butte à l’animadversion de leurs alliés. Voyant d’ailleurs que les Athéniens n’adhéreraient pas à des conditions modérées, ils quittèrent Athènes sans rien terminer. A leur retour l’armistice de Pylos expirait de plein droit. Les Lacédémoniens redemandaient leurs vaisseaux, conformément à la convention. Mais les Athéniens alléguèrent une attaque dirigée contre la place au mépris du traité et quelques autres contraventions sans importance. Ils refusèrent de rendre les bâtiments et se prévalurent de la clause qui déclarait la trêve rompue à la moindre infraction, quelle qu’elle fût. Les Lacédémoniens protestèrent hautement contre l’injuste détention de leurs vaisseaux ; puis ils se retirèrent en faisant appel aux armes. La guerre autour de Pylos recommença donc de plus bélle. Pendant Je jour, les Athéniens faisaient la ronde autour de l’île avec deux vaisseaux qui se croisaient ; la nuit toute la flotte était de garde, sauf du côté de la haute mer, quand le vent soufflait. Ils avaient reçu d'Athènes un renfort de vingt vaisseaux, ce qui avait porté leur effectif à soixante-dix trirèmes. Les Péloponésiens, campés sur le continent, donnaient des assauts à la place et guettaient l’occasion de délivrer leurs guerriers. Cependant en Sicile les Syracusains et leurs alliés, après avoir renforcé de tous les vaisseaux qu'ils avaient équipés la flotte qui gardait Messine, .continuaient la guerre en partant de cette ville. Les Locriens les y excitaient par animosité contre Rhégion; eux-mêmes étaient entrés en corps de nation sur son territoire. Les Syracusains étaient résolus à tenter un combat naval. Ils voyaient que les Athéniens n’avaient en ce moment que peu de vaisseaux dans ces parages, et ils savaient que le gros de la flotte destinée à agir contre eux La flotte d’Eurymédon. Voyez liv. III, ch. cxv, et liv. IV, ch. ii. se trouvait occupé à Sphactérie. Une fois que leur marine aurait pris le dessus, ils comptaient s’emparer aisément de Rhégion en l’attaquant par mer et par terre, et affermir ainsi leur domination. Le promontoire de Rhégion en Italie étant voisin de Messine en Sicile, les Athéniens ne pourraient plus stationner en ce lieu ni commmander le détroit. Ce détroit est formé par le bras de mer qui sépare Rhégion et Messine, au point où en Sicile se rapproche le plus du continent, c’est la fameuse Uharybde, qui fut traversée, dit-on, par Ulysse Homère, Odyssée, XII, 235. La légende du cap monstre (*ε- λώρον) fut probablement accréditée par les premiers navigateurs grecs qui exploitèrent la mer Tyrrbénienne et qui voulurent écarter la concurrence eommerciale en exagérant les dangers de cette navigation. . Le peu de largeur du passage fait que les eaux venant de deux grandes mers, celle de Tyrrhénie et celle de Sicile, s’y engouffrent avec violence et produisent des courants réputés à bon droit dangereux. Ce fut dans ce détroit que les Syracusains et leurs alliés, avec un peu plus de trente vaisseaux, furent contraints d’engager, à une heure tardive, un combat pour un bâtiment qui traversait. Us s’avancèrent contre seize vaisseaux d’Athènes et huit de Rhégion; ils furent vaincus par les Athéniens et perdirent un vaisseau; après quoi, chacun n’eut rien de pins pressé que de regagner sa station de Messine ou de Rhégion. Le combat avait duré jusqu’à la nuit. Les Locriens évacuèrent ensuite le paye de Rhégion, tandis que la flotte des Syracusains et de leurs alliée alla mouiller à Péloris, place appartenant à Messine, et où se trouvait leur armée de terre. Les Athéniens et les Rhégiens firent voile de ce côté. Voyant les vaisseaux désarmés, ils les attaquèrent ; mais ils perdirent un de leurs bâtiments, qui fut accroché par une main de fer Grappin destiné à retenir le vaisseau ennemi pendant qu’on l’attaquait à l’abordage. Voyez liv. VII, ch. lxii. ; l’équipage se sauva à la nage. Là-dessus les Syracusains remirent en mer et se halèrent le long de la côte jusqu’à Messine. Attaqués derechef par les Athéniens, ils virèrent au large, fondirent sur eux et leur firent perdre un second vaisseau. Ainsi les Syracusains rentrèrent dans le portée Messine, sans avoir eu le désavantage ni dans le trajet ni dans ce combat. Les Athéniens einglèrent vers Camarine, sur la nouvelle que cette ville allait être livrée aux Syracusains par Archias et ses adhérents. En même temps les îiessiniens se portèrent en masse, par terre et par mer, sur Naxos-la-Chalddique Ainsi appelée pour la distinguer de l'ile du même nom. La ville de Naxos, sur la côte N. E. de la Sicile, était une colonie de Chalcis en Eubée. Voyez liv. VI, ch. m. , .dont le teiri-toire confine au leur. Le premier jour, ils renfermèrent les Naxiens dans leurs murailles et coururent le pays. Le lendemain, l’armée navale s’avança jusqu’à l'embouchure de l’Acésinès Rivière qui se jette dans la mer, un peu au S. de Naxos. La flotte devait donc ayoir passé devant cette ville, puisqu’elle venait de Messine. et ravagea la campagne, pendant que rtonée de terre assaillait la ville. Mais, sur ces entrefaites, les Sicules descendirent en forces de leurs montagnes pour attaquer les Messi-niens. A leur aspect, les Naxiens reprirent courage, et s’exhortant mutuellement, dans la pensée que c’étaient les Léontins et d’autres Grecs alliés qui venaient à leur secours, ils firent une brusque sortie, tombèrent sur les Messiniens, les mirent en fuite et en tuèrent plus de mille. Les autres eurent bien de la peine à s’échapper; les Barbares leur coupèrent la retraite et les massacrèrent pour la plupart. La flotte revint à Messine; après quoi elle fut dissoute , et chacun regagna ses foyers. Aussitôt les Léontins, croyant Messine hors d’état de se défendre, firent une expédition contre elle, de concert avec leurs alliés et les Athéniens. Cenx-ci dirigèrent leurs attaques contre le port, l’armée de terre contre la ville. Les Messiniens filent une sortie avec quelques Loc riens que commandait Démotélès, et qui, après là défaite précédente, avaient été laissés en garnison dans la place. Us fondirent à Timproviste sur les Léontine, les culbutèrent et en tuèrent un grand nombre. À cette vue, les Athéniens descendirent de leurs vaisseaux pour secourir leurs alliés, et, tombant sur les Messiniens en désordre, ils les rejetèrent dans la ville. Puis ils dressèrent un trophée et retournèrent à Rhégiôn. Depuis ce moment, les Grecs de Sicile continuèrent leurs luttes intestines sur terre et sur mer, sans la coopération des Athéniens.