<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:py="http://codespeak.net/lxml/objectify/pytype" py:pytype="TREE"><text xml:lang="fre"><body><div type="translation" xml:lang="eng" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1" n="4"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="106"><p>Cett j proclamation produisit un effet d’autant plus sensible, qu’il y avait peu d’Athéniens dans la ville ; le surplus se composait d’une population mélangée; les prisonniers du dehors avaient beaucoup de parents dans l'intérieur; enfin les conditions offertes paraissaient équitables dans ce moment d’alarme. Les Athéniens ne demandaient pas mieux que de sortir, parce qu’ils se croyaient plus exposés que les autres et comptaient peu sur un prompt secours ; le reste du peuple se voyait, contre son attente, maintenu dans ses droits et délivré du danger. Déjà les affidés de Brasidas, témoins du changement de la multitude qui avait cessé d’obéir au général athénien alors présent, ne se gênaient plus pour dire qu’il fallait accepter ces offres. La capitulation fut donc conclue, et Brasidas reçu aux termes de sa proclamation. C’est ainsi qu’Amphipolis fut livrée. Ce jour même, vers le soir, Thucydide aborda à Ëïon avec ses vaisseaux. Brasidas venait d’occuper Amphipolis. Il ne s'en fallut que d’une nuit qu’il s’emparât également d’Éïon; car, si la flotte ne s’y était portée avec célérité, au point du jour cette ville était prise.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="107"><p>Après cela Thucydide pourvut à la sûreté d’Éïon/soit pour le moment en la mettant à l’abri d'un coup de main de Brasidas, soit pour la suite en y établissant les habitants de la ville haute qui voulurent y transporter leur domicile en vertu de la capitulation. Pour Brasidas, il se dirigea immédiatement contre Éïon, en descendant le fleuve avec un grand nombre de bateaux. Son dessein était d’occuper la langue de terre qui s’avance en dehors des murs, ce qui l’eût rendu maître de l’entrée du fleuve. En même temps, il fit une tentative par terre; mais, repoussé sur les deux points, il se contenta de mettre Amphipolis en bon état de défense. Myreine, ville d’Édonie, se soumit à lui après-la mort de Pittacos, roi des Édoniens, qui fut

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tué par les fils de Goaxis et par Brauro, sa propre femme. Ga-lepsos et OEsymé, colonies de Thasos, ne tardèrent pas à se soumettre aussi. Perdiccas, qui était venu joindre Brasidas immédiatement après la reddition d’Amphipolis, lui fut d’un grand secours dans ces diverses entreprises.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="108"><p>La perte d’Amphipolis plongea les Athéniens dans une profonde consternation. Cette place était pour eux d’une importance majeure, à cause des bois de construction et des revenus qu’ils en tiraient. Auparavant les Lacédémoniens avaient bien pu, en traversant la Thessalie, pénétrer jusqu’au Strymon pour attaquer les alliés; mais, tant qu’ils n’étaient pas maîtres du pont, ils ne pouvaient franchir ce fleuve, qui forme un vaste lac au-dessus de la ville, et dont l’embouchure, près d’É'ïon, était gardée par des vaisseaux. Désormais il n’y avait plus d’obstacle, et l’on appréhendait la défection des alliés. Brasidas tenait la conduite la plus mesurée ; il allait répétant partout qu’il avait été envoyé pour affranchir les Grecs. Aussi les villes sujettes d’Athènes, informées de la prise d’Amphipolis, des promesses de Brasidas et de sa modération, se montraient-elles disposées à se révolter. On l’appelait en lui envoyant de secrets messages ; c’était à qui s’insurgerait le premier.On croyait n’avoir rien à craindre, et l’on ne se figurait pas la puissance d’Athènes aussi grande qu’elle parut dans la suite ; on la jugeait d’après une passion aveugle et non d’après une saine appréciation. Tels sont les hommes : ils croient volontiers ce qu’ils désirent et ne font usage de leur raisonnement que pour repousser ce qui leur déplaît. Ajoutez à cela l’échec récent des Athéniens en Béotie et les paroles plus séduisantes (pie véridiques de Brasidas, qui prétendait que les Athéniens devant Niséa avaient refusé de se mesurer avec sa seule armée. Aussi les alliés s’enhardissaient, dans la persuasion que nul ne viendrait les attaquer. Le charme de la nouveauté, la pensée quils allaient mettre à l’épreuve le premier élan des Lacédémoniens, les engageaient à tout risquer.
</p><p>Instruits de ces dispositions, les Athéniens envoyèrent des garnisons dans toutes les villes, autant du moins que le permettaient la brièveté du temps et la rigueur de la saison. Brasidas de son côté sollicita de Lacédémone l’envoi de nouvelles troupes, et se mit en devoir de construire des trirèmes sur le Strymon. Mais les Lacédémoniens ne le secondèrent pas. soit jalousie de la part des principaux citoyens, soit désir de recouvrer leurs prisonniers de l’île et de mettre fin à la guerre.

<pb n="249"/></p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="109"><p>Le même hiver, les Mégariens reprirent sur les Athéniens leurs longs murs et les rasèrent. Brasidas, après la prise d' Amphipolis, fît avec ses alliés une expédition contre le pays qu’on appelle Acté <note xml:lang="mul"><p>Le pays de la côte, presqu’île du mont Athos,    <pb n="530"/> entre le golfe Strymonique à 1Έ. et le golfe Singitique à l'O. C'est ce dernier qui est indiqué ici comme regardant l’Eubée. </p></note>. C’est une presqu’île qui s’avance dans la mer Égée à partir du canal du Roi <note xml:lang="mul"><p>c’est le célèbre canal creusé par ordre de Xerxès. Voyez Hérodote, liv. VII., ch. xxii et cxxii. </p></note>, et qui se termine par l'Athos, montagne fort élevée. On y compte plusieurs villes : Sané, colonie d’Andros, sur le canal même et tournée vers la mer qui regarde TEubée; Thyssos, Cléones, Acrothoos, Olophyxos, Dion, habitées par un mélange de nations barbares parlant deux langues<note xml:lang="mul"><p>Peuples bilingues, parlant le grec outre leur langue maternelle. </p></note>. On y trouve des Chalcidéens, mais la majeure partie de la population se compose de ces Pélasges-Tyrséniens<note xml:lang="mul"><p>Les Pélasges tyrséniens ou tyrrhéniens sont les mêmes qui construisirent pour les Athéniens les murailles de l’acropole, et qui, après avoir été expulsés de l’Attique, passèrent à Lemnos, à Imhros, à Scyros et finalement en Thrace. Voyez Hérodote, liv. I. ch. lvii. </p></note> qui jadis habitèrent Lemnos et Athènes, de Bisaltiens, de Cres-toniens et d’Edoniens. Ces peuples sont disséminés dans de petites bourgades, dont la plupart se soumirent à Brasidas. Sané et Dion résistèrent; aussi ravagea-t-il leur territoire en y séjournant avec son armée.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:4" n="110"><p>N’ayant pu les réduire, il marcha aussitôt contre Torone en Chalcidique, place occupée par des Athéniens. Il était appelé par quelques citoyens de cette ville, disposés à la lui livrer. Il arriva de nuit, un peu avant l’aube, et prit position près du temple des Dioscures, à trois stades de la ville. La population de Torone et la garnison athénienne ne s’aperçurent pas de son approche; mais ceux qui l’attendaient sortirent furtivement en petit nombre pour épier son arrivée. Dès qu’ils s’en furent assurés, ils introduisirent dans leurs murs sept soldats armés à la légère et munis seulement (Je poignards. Sur vingt qui avaient été désignés à cet effet, ce furent les seuls qui eurent le courage de pénétrer dans la place. Lysistratos d’Olynthe les commandait. Torone est bâtie sur le penchant d’une colline. Ils se glissèrent sans bruit par la muraille voisine de la mer, gravirent jusqu’au poste le plus élevé, massacrèrent les gardes, et enfoncèrent la petite porte qui mène à Can astre on.
</p></div></div></div></body></text></TEI>