L’été suivant Septième année de la gaerre, an 425 ayant J.-G. , à l'époque où le blé monte en épis, dix vaisseaux de Syracuse et autant de Locres se rendirent à Messine en Sicile, sur l'invitation des habitants. Ils prirent possession de cette ville, qui se détacha ainsi de l'alliance d’Athènes. Ce qui détermina les Syracusains à cette entreprise, c’est que Messine étant l’abord de la Sicile, ils craignaient qu’un jour les Athéniens ne s’en servissent pour diriger contre eux des forces plus considérables. Le motif des Locriens était leur haine contre Rhégion , qu’ils voulaient placer entre deux ennemis Au N. Rhégion avait pour' ennemie la ville de Locres, dont le territoire était limitrophe du sien, et au S. celle de Messine, dont elle n’était séparée que par le détroit. . Aussi entrèrent-ils en masse dans le pays des Rhé-giens, pour les empêcher de secourir Messine. Ils étaient d’ailleurs excités par des bannis de Rhégion, réfugiés chez eux par suite des dissensions qui agitaient cette ville et qui pour lors paralysaient sa résistance ; c’est ce qui engagea d’autant plus les Locriens à l’attaquer. Leur armée de terre se retira après avoir dévasté la campagne ; mais la flotte resta pour garder Messine. D’autres vaisseaux,, alors en armement, devaient l’y rejoindre et de là continuer la gûerre. Vers la même époque du printemps et avant la maturité des blés, les Péloponésiens et leurs alliés envahirent l'Attique sous la conduite d’Agis, fils d’Archidamos, roi des Lacédémoniens. Us y campèrent et ravagèrent le pays. De leur côté, les Athéniens envoyèrent en Sicile les quarante vaisseaux qu’ils avaient armés. Les deux généraux restés en arrière, savoir, Eurymedon et Sophoclès, les commandaient ; Pythodoros, le troisième, les avait précédés en Sicile. Ils avaient ordre de donner en passant assistance aux Corcyréens de la ville, exposés aux brigandages des exilés établis sur la montagne Sur le mont Istone. Voyez liv. III, ch. lxxxv. . Ceux-ci avaient été secourus par soixante vaisseaux péloponésiens; et, comme la ville souffrait beaucoup de la disette , ils espéraient s’en rendre maîtres sans trop de difficulté. Démosthène, resté sans emploi depuis son retour d’Acarnanie, avait obtenu de disposer de cette flotte athénienne pour tenter quelque coup xle main sur tel point de la côte du Péloponèse qu’il jugerait à propos. Arrivés dans les eaux de la Laconie et informés que la flotte péloponésienne était déjà à Corcyre, Eurymédon et So-phoclès avaient hâte de s’y rendre aussi. Démosthène, au contraire, demandait qu’on touchât d’abord à Pylos et qu’on ne reprît la mer qu’après l’exécution des travaux nécessaires. Cet avis rencontrait de l’opposition, quand le hasard voulut qu’une tempête poussât les vaisseaux à Pylos. Aussitôt Démosthène renouvela ses instances pour qu’on fortifiât cette place, disant ne s’être embarqué que dans ce but. Il représentait que le bois et les pierres étaient en abondance, que la place était fortifiée par la nature et inhabitée, ainsi qu'une grande partie des environs. Pylos, située dans l’ancienne Messénie, est à quatre cents stades de Sparte; les Lacédémoniens l’appellent Corypha-sion Coryphasion était proprement le nom du promontoire qui ferme au N. la baie de Pylos, et sur lequel étaient les ruines de l’ancienne ville de Pylos en Messénie, aujourd’hui Vieux Navarin. . — A quoi l’on répondait que le Péloponèse ne manquait pas de promontoires déserts, dont il pouvait s’empârer, s’il voulait jeter la ville dans de grandes dépenses. Mais Démosthène voyait dans Pylos des avantages particuliers. Non-seulement elle possédait un port; mais, en s’établissant dans cette place qu’ils sauraient bien défendre, les Messéniens, à qui elle avait jadis appartenu et qui parlent le même dialecte que les Lacédémoniens, leur causeraient de grands dommages. Comme il ne persuadait ni les généraux, ni plus tard les soldats lorsqu'il eut communiqué son projet aux taxiarques Les taxiarqves étaient des officiers commandant les hoplites dans l’armée athénienne. Ils étaient au nombre de dix, un par tribu, subordonnés aux généraux ou stratèges. Il est probable que, dans la circonstance actuelle, Démosthène se sert de leur intermédiaire pour communiquer avec les soldats. , il n’insista plus. Mais enfin les soldats eux-mêmes, retenus dans l’inaction près de Pylos par les vents contraires, se prirent d’ardeur pour la fortifier. Sur-le-champ ils se mirent à l’œuvre. Comme ils manquaient d’outils pour tailler les pierres, ils les choisissaient une à une et les assemblaient de leur mieux. Fallait-il du mortier, à défaut d’auges, ils le portaient sur leur dos, en se courbant pour le maintenir et en croisant les bras par derrière pour l’empêcher de tomber. En un mot ils faisaient toute la diligence imaginable pour fortifier les points les plus accessibles, avant d’être attaqués par les Lacédémoniens. Du reste la plus grande partie de la place était naturellement forte et n’avait pas besoin de murs. En ce moment les Lacédémoniens célébraient une fête. La nouvelle de l’occupation de Pylos les inquiéta peu ; ils croyaient n’avoir qu’à se montrer pour faire retirer les défenseurs, ou comptaient facilement emporter la position de vive force. Les Athéniens, après avoir en six jours fortifié le flanc qui regarde la terre ferme et qui était le plus exposé, laissèrent^ Démosthène et cinq vaisseaux à la garde des ouvrages; le reste de la flotte remit promptement en mer pour Gorcyre et la Sicile.