L’hiver suivant, il y eut à Athènes une recrudescence de peste. Sans avoir complètement disparu, l’épidémie avait laissé quelque relâche. Cette seconde irruption dura toute une année ; la première avait régné deux ans. Rien ne contribua plus à l’affaiblissement d’Athènes. Parmi les citoyens inscrits au rôle Les Athéniens en âge de porter les armes étaient inscrits sur des rôles ou catalogues, tenus par chaque tribu. Ces rôles servaient d’état civil. On n’enregistrait ni les femmes, ni les enfants, ni les esclaves. D’après les données du livre II, ch. un, le nombre total des hoplites athéniens était de vingt-neuf mille, et celui des cavaliers de douze cents. Cela suppose une mortalité très-considérable, à répartir vraisemblablement sur les deux irruptions. Comparez liv. II, ch. lviii. , il mourut non moins de quatre mille quatre cents hoplite» et de trois cents cavaliers, et sur le reste de la population, une foule incalculable. A cette époque, on ressentit de fréquents tremblements de terre, à Athènes, en Eubée et en Béotie, surtout à Orchomène. Le même hiver, les Athéniens qui étaient en Sicile dirigèrent, de concert avec les Rhégiens, une expédition de trente vaisseaux contre les îles d’Éole Ainsi appelées comme séjour présumé du dieu des vents (Homère, Odyssée, X, 1) îles Vulcaniennes ou de Lipari. Elles sont au nombre de dix. Thucydide ne cite que les principales ; les autres sont Phénicusa, Ericusa, Evonymos, Hicésia, Basilidia et Ostéodès. . En été le manque d'eau Tendait impossible une tentative de ce genre. Ces îles appartiennent aux Lipariens, colonie de Cnide. Ils habitent Tune d’elles, qui a peu d’étendue et se nomme Lipara ; ils partent de là pour aller cultiver les autrésj savoir Didyme, Strongyle et Hiéra. Les indigènes croient que c’est dans Hiéra que Vulcain a ses forges, parce qu’il s’en échappe beaucoup de feu pendant la nuit et de fumée pendant le jour. Ces lies sont situées en face du pays des Sicules et des Messiniens; elles étaient alliées de Syracuse. Les Athéniens les ravagèrent; mais, n’ayant pu les soumettre, ils s’en retournèrent à Rhégion. Là-dessus l’hiver finit, ainsi que la cinquième année de la guerre que Thucydide a racontée. L’été suivant Sixième année de la guerre, 426 avant J. C. , les Péloponésiens et leurs alliés, sous la conduite d’Agis fils d’Archidamos, s’avancèrent jusqu’à l’Isthme, dans le dessein d’envahir l’Attique ; mais ils en furent détournés par de nombreux tremblements de terre, et l^mvasion n’eut pas lieu. A l’époque de ces secousses, il se manifesta à Orobies Petite ville sur le golfe d’Oponte en Eubée, vis-à-vis de la ville béotienne d’Anthédon. Sur Plie d’Atalante et sur le fort des Athéniens, voyez liv. II, ch. xxxn. en Eubée un phénomène extraordinaire. La mer s’éloigna du rivage ; puis elle revint subitement à flots amoncelés, engloutit une portion de la côte et en abandonna une autre ; en sorte que ce qui jadis était terre fait maintenant partie de la mer. Beaucoup d’hommes y perdirent la vie ; il n'échappa que ceux qui parvinrent à se réfugier sur les hauteurs. L’île d’Ata-lante, voisine des Locriens-Opontiens, éprouva une submersion semblable, qui détruisit une partie du fort des Athéniens. Deui vaisseaux se trouvaient à sec sur la plage ; il y en eut un de fracassé. A Péparéthos Ile nommée aujourd’hui Scopélos, et qui fait partie du groupe situé près de la côte S. E. de la Thessalie. Eile est voisine de Pile d’Halonésos, à qui elle appartenait. la mer se retira, mais sans causer d’inondation ; une secousse abattit un pan de la muraille, ainsi que le prytanée et un certain nombre de maisons. La cause de ce fait me paraît être que, là où les commotions furent le pins fortes, la mer fut refoulée, et que, par un retour impétueux, elle submergea le rivage ; sans tremblement de terre, je ne pense pas que rien de pareil puisse arriver. Durant cet été, la Sicile fut le théâtre de divers combats livrés soit par les Siciliens tes Σικελιῶται sont les Grecs de Sicile, habitants des colonies grecques de cette île, tandis que les Σικελοί ou Sicules étaient un peuple barbare qui occupait l’intérieur et la côte septentrionale de la Sicile. entre eux, soit par les Athéniens et leurs alliés. Je me bornerai à citer ce qu’il y eut de plus important dans ces engagements partiels. Après la mort de Cha-rœadès, qui périt dans une rencontre aveo les Syracusains, Lâchés eut seul le commandement de la flotte. Il alla, conjointement avec les alliés, attaquer Mylæ, place dépendante de Messine et gardée par deux tribus de Messiniens. Ces gens dressèrent une embuscade aux Athéniens débarqués ; mais ceux-ci les mirent en déroute et en tuèrent un grand nombre. Ensuite les Athéniens assaillirent la place, et obligèrent les habitants à leur livrer la citadelle et à marcher avec eux contre Messine. A l’approche de cette armée, les Messiniens firent leur soumission, en donnant des otages et toutes les sûretés voulues. Le même été, les Athéniens envoyèrent autour du Pé-loponèse trente vaisseaux commandés par Démosthène fils d’Al-cisthénès et par Proclès fils de Théodoros. Soixante autres vaisseaux et deux mille hoplites furent dirigés contre Mélos, sous les ordres de Nicias fils de Nicératos. Quoique insulaires, les Méliens refusaient obstinément de se soumettre et d’entrer dans l’alliance Les Athéniens, qui étaient maîtres de la mer et qui avaient soumis presque toutes les Iles à leur empire, trouvaient étrange que Mélos fit exception. Or cette île était une colonie des Doriens du Péloponèse; il était donc naturel qu’elle se refusât à-mar-cher contre sa métropole. Mélos ne fut réduite que dix ans plus tard. Voyez liv. V, ch. cxvi. . Les Athéniens avaient résolu de les y contraindre ; mais ils eurent beau ravager leur territoire, ils ne purent les amener à composition. Ils quittèrent donc Mélos et passèrent à Oropos en Péraïque Voy. liv. II, ch. xxxin, note 2. . Ils abordèrent de nuit, et les hoplites étant descendus se mirent aussitôt en marche vers Tanagra en Béotie. A un signal donné les Athéniens de la ville, commandés par Hipponicos fils de Gallias et par Eurymédon fils de Thou-clès, vinrent en masse les rejoindre par terre. Ils campèrent ce jour-là dans le territoire de Tanagra, le ravagèrent et y passèrent la nuit. Le lendemain, ils vainquirent en bataille les Tana-gréens, qui avaient fait une sortie avec un certain nombre de Thébains venus à leur secours. Ils enlevèrent des armes, érigèrent un trophée, et se retirèrent les uns à Athènes, les autres sur la flotte. Nicias, avec ses soixante vaisseaux, suivit la côte; et, après avoir dévasté les rivages de la Locride, il effectua son retour.