<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:py="http://codespeak.net/lxml/objectify/pytype" py:pytype="TREE"><text xml:lang="fre"><body><div type="translation" xml:lang="eng" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1" n="3"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:3" n="62"><p>t Quand le Barbare vint attaquer la Grèce, ils furent, disent-ils, les seuls des Béotiens qui ne firent pas cause commune avec lui. C'est là surtout ce dont ils se prévalent pour s’exalter eux-mêmes et pour nous insulter. Nous au contraire nous prétendons que, s’ils ne prirent point le parti des Mèdes, c’est que les Athéniens ne le prirent pas non plus; et la preuve, c’est que plus tard, lorsque Athènes menaça la liberté de la Grèce, ils furent en Béotie ks seuls partisans des Athéniens. D’ailleurs considérez quelle était notre situation respective à l’époque de ces événements. Notre ville n’était alors gouvernée ni par une aristocratie soumise aux lois, ni par une démocratie ; elle subissait le régime le plus contraire à la légalité et à la modération, en un mot le plus voisin de la tyrannie. Une poignée d’oligarques possédaient seuls toute l'autorité. Ce sont eux

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qui, dans l’espoir d’affermir leur domination si le Méfie avait le dessus, continrent le peuple par la force et appelèrent les. Barbares<note xml:lang="mul"><p>Selon Hérodote (IX, lxxxv), les chefs de l’oligarchie thébaine étaient Timagénidas et Attaginos. Ils furent chassés par les Grecs immédiatement après la bataille de Platée. </p></note>. Lorsqu’elle agit ainsi, notre ville dans son ensemble n’était donc pas maîtresse d’elle-méme; et il serait injuste de lui imputer une faute où les lois n’eurent aucune part. Mais lorsque, après la retraite des Mèdes, l’ordre légal fût rétabli; lorsque plus tard les Athéniens attaquèrent toute la Grèce et s’efforcèrent de subjuguer notre pays travaillé par les dissensions, considérez si la victoire que nous remportâmes sur eux à Coronée n’affranchit pas la Béotie<note xml:lang="mul"><p>Voyez liv. I, ch. cxin. </p></note>, et si maintenant nous ne contribuons pas de tout^aotre pouvoir à la délivrance des Grecs, en fournissant des chevaux et un contingent plus fort que pas un des alliés. Telle est notre réponse à l’accusation de mé-disme<note xml:lang="mul"><p>Voyez liv. I, ch. xcv, note 2.        1 </p></note>.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:3" n="63"><p>« Nous essayerons maintenant de démontrer que c’est vous plutôt qui êtes coupables envers la Grèce et qui méritez les derniers châtiments. A vous entendre, c’est pour vous venger de nous que vous êtes devenus alliés des Athéniens et que vous avez reçu droit de cité chez eux. Mais, s’il en était ainsi, vous auriez dû les appeler contre nous seuls, au lieu de vous joindre à eux pour opprimer les autres. Supposé même qu’ils vous entraînassent malgré vous à leur suite, il ne tenait qu'à vous de réclamer cette alliance conclue avec les Lacédémoniens contre les Mèdes, qui est votre éternel refrain. Elle suffisait amplement pour vous mettre à l’abri de nos attaques et — chose essentielle — pour assurer la liberté de vos délibérations. Mais non, c’est de vôtre plein gré, sans aucune espèce de contrainte, que vous avez pris le parti des Athéniens. Vous ne pouviez, dites-vous, abandonner sans honte des bienfaiteurs. Il était bien plus honteux et plus injuste de trahir tous les Grecs, qui avaient reçu vos serments, que les seuls Athéniens, dès l'instant que ceux-ci travaillaient à l’asservissement , ceux-là à l’affranchissement de la Grèce. Vous ne leur avez pas témoigné une reconnaissance égale ni exempte de déshonneur ; car vous les avez appelés, dites-vous, pour vous garantir de l’oppression, et vous vous êtes joints à eux pour opprimer les autres. Or il y a moins de honte à ne pas s’acquitter d’une dette qu’à reconnaître par des actes injustes des services loyalement rendus.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:3" n="64"><p>«Vous avez bien fait voir que si, dans le temps, vous ne suivîtes pas le parti des Mèdes, ce ne fut point à cause des Grecs, mais parce que les Athéniens ne le suivaient pas, et

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parce qpe vous vouliez imiter les uns et faire le contraire des autres. Et vous prétendriez vous faire un titre d’une valeur déployée pour plaire à autrui ! cela n’est pas soutenable. Vous avez préféré les Athéniens ; vous devez donc partager avec eui toutes les chances de la lutte. N’alléguez pas l’alliance d'alors, comme si elle devait vous protéger aujourd’hui. Vous y avez renoncé, vous l’avez violée vous-mêmes en aidant à asservir les Êginètes et d’autres de vos confédérés, au lieu d’y mettre obstacle. Tout cela, vous ne l’avez pas fait contre votre volonté, ainsi que nous, mais bien sous l’empire des lois qui vous régissent encore et sans la moindre contrainte. La dernière sommation que nous vous avons faite avant l’investissement, de rester paisibles et neutres, vous l’avez repoussée. Qui donc mieux que vous mériterait Γexécration de tous les Grecs, vous qui ne faites montre de vertu que pour leur nuire? Le bien que vous avez fait jadis, votre conduite récente a prouvé qu’il ne vous appartenait pas, et l’étemel penchant de votre nature s’est révélé dans tout son jour. Quand les Athéniens ont marché dans la voie de l’injustice, vous les y avez suivis.
</p><p>« Voilà ce que nous avions à dire sur notre médisme involontaire et sur votre libre attachement aux Athéniens.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:3" n="65"><p>« Quant à la dernière offense que vous prétendez avoir reçue, lorsque, selon vous, nous avons attaqué votre ville contre le droit, en pleine paix et dans un temps de fête, même à cet égard nous ne croyons pas être plus répréhensibles que vous. Si de nous-mêmes nous étions venus chez vous, dans l’intention de livrer bataille et de ravager hostilement votre pays, nous serions inexcusables ; mais s’il est vrai que plusieurs de vos citoyens, les premiers par la fortune et par la naissance, nous aient spontanément appelés pour vous retirer d’une alliance étrangère et vous rattacher à la confédération nationale des Béotiens, où est donc notre criipe? ceux qui donnent l’impulsion sont plus à blâmer que ceux qui la reçoivent. D’ailleurs, à nos yeux, il n'y a eu de tort ni de leur part ni de la nôtre. Citoyens comme vous, ayant même plus à perdre, ils nous ont ouvert les portes et nous ont introduits en amis, nullement en ennemis. Ils voulaient empêcher les mauvais citoyens de se pervertir davantage, et procurer aux honnêtes gens ce qu’ils avaient droit de prétendre. Ils voulaient corriger les esprits sans attenter aux personnes, vous rattacher à vos alliances naturelles sans vous ravir votre patrie, vous concilier l’amitié générale sans vous créer aucun ennemi.

<pb n="169"/></p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:3" n="66"><p>« La preuve de nos intentions pacifiques, c’est que, loin d’inquiéter personne, nous avons, par une proclamation, invité dès l’abord à se joindre à nous quiconque voulait se gouverner d’après les institutions nationales de la Béotie. Vous y avez adhéré de grand cœur; et, la convention faite, vous avez commencé par rester tranquilles. Plus tard, — j’admets que nous eussions eu tort d’entrer chez vous sans l’assentiment de la multitude, — au moins fallait-il nous imiter en nous engageant à nous retirer sans violence. Mais non ; vous n’avez pas plus tôt reconnu notre petit nombre, que vous nous avez assaillis en dépit de la convention. Ceux dont nous regrettons le plus la perte, ce ne sont pas tant les victimes du combat ; jusqu’à un certain point leur mort a été légitime ; mais ceux qui vous tendaient les mains, ceux à qui vous aviez fait quartier et promis la vie sauve, les avoir égorgés au mépris des plus saintes lois, n’est-ce pas là une atrocité? Quoi ! vous avez commis coup sur coup trois perfidies ,· rupture de la convention, massacré de sang-froid, violation de votre promesse d’épargner les prisonniers si nous respections vos campagnes, et vous venez dire que c’est nous qui sommes dans nos torts et que vous ne méritez aucunes représailles ! Il n’en sera rien, si du moins ces juges font leur devoir; mais vous recevrez le juste salaire de votre conduite.
</p></div></div></div></body></text></TEI>