Parti d’Embatos, il rangea la côte et prit terre à Myonnésos, place appartenant aux Téiens. Là il égorgea la plupart des prisonniers qu’il avait faits pendant la traversée Trait de barbarie déjà reproché aux Lacédémoniens (Π, lxvii). Les Corcyréens tuent aussi leurs prisonniers de guerre (I, xxx), ainsi que les Platéens (II, v), mais par inimitié nationale, tandis que la cruauté d’Alcidas naissait du préjugé ψ faisait considérer aux Lacédémoniens tous les peuples navigateur' comme alliés actifs d’Athènes. ; après quoi il alla mouiller à Ëphèse. Alors des Samiens d’Anéa Voyez liv. III, ch. xix, note 3. vinrent lui représenter qu’il s’y prenait bien mal pour affranchir la Grèce, en mettant à mort des hommes qui n’avaient pas porté les armes contre lui, qui ne lui étaient pas hostiles, et que la nécessité seule retenait dans l’alliance d’Athènes. Une telle conduite, disaient-ils, n’était guère propre à lui concilier ses ennemis, mais bien plutôt à lui aliéner ses amis. Alcidas prêta l’oreille à cette remontrance et relâcha les prisonniers qu’il avait encore, et qui étaient de Chios et d’autres endroits. En effet, loin de fuir à la vue de ses vaisseaux, on s’en approchait au contraire, parce qu’on les croyait d’Athènes ; on n’imaginait pas que jamais une flptte péloponésienne pût aborder en Ionie tant que les Athéniens auraient l’empire de la mer. Alcidas partit précipitamment d’Éphèse, d’où son retour eut l’air d’une véritable fuite. Pendant qu’il était encore dans les eaux de Claros Endroit de l’Ionie situé près de Colophon, entre Myonnésos et Éphèse, avec un temple d’Apollon et un oracle. Il faut admettre, malgré le silence de l’auteur, qu’Alcidas avait relâché en cet endroit pendant sa navigation le long des côtes de l’Ionie. , il avait été avisé par la Salaminienne et par la Paralienne Deux vaisseaux de guerre athéniens, toujours armés et commissionnés pour le service public, par exemple pour le transport des dépêches et de l’argent, pour les voyages des ambassadeurs et autres missions officielles. Ces vaisseaux avaient des équipages d'élite, uniquement composés de citoyens. Voyez liv. III, ch. lxxvu; liv. VI. ch. liii et lxi; liv. VIII, ch. lxxiii et lxxiv. , qui venaient d’Athènes. Craignant donc d’être poursuivi, il gagna le large, bien décidé à ne pas toucher ailleurs qu’au Péloponèse, à moins d’absolue nécessité. Pachès et les Athéniens apprirent du pays d’Érythres l'apparition de la flotte péloponésienne. Cette nouvelle se confirma bientôt de toutes parts. L’Ionie étant dépourvue de places fortes Les villes grecques d’Asie Mineure avaient été démantelées par les Perses à la suite de la révolte d’Histiée et d’Aristagoras (Hérodote, VI, xxxii). Plus tard, lorsque sur la fin de la guerre du Péio-ponèse elles se révoltèrent contre les Athéniens, leur premier soin fut de relever leurs murailles (VIII, xiv, lxxxiv). Auparavant les Athéniens ne leur eussent pas permis de le faire par crainte des défections. , on craigqit grandement que les Péloponésiens ne pillassent, même sans avoir l’intention d’y séjourner, les villes qui se trouvaient sur leur passage. Enfin la Salaminienne et la Paralienne vinrent elles-mêmes annoncer qu’elles avaient vu les ennemis près de Claros. En conséquence Pachès leur donna aussitôt la chasse. Il poussa même jusqu’à l’île de Patmos; mais, désespérant de les atteindre, il rebroussa chemin ; et, dès l’instant qu’il ne les avait pas rencontrés en mer, il s’estima heureux qu’ils ne se fussent pas enfermés dans un camp, ce qui l’eût condamné à établir un corps d’observation et une croisière. Pachès revint en serrant la côte et relâcha à Notion. Cette place servait de port aux Golophoniens. Un certain nombre d’entre eux s’y étaient retirés depuis que la ville haute avait été prise par Itamanès et par les Barbares, qu’une faction avait appelés La ville de Colophon était située à quelque distance de la mer. Notion lui servait d’échelle. On ignore qui était cet Itamanès; peut-être était-ce un lieutenant du satrape de Sardes. . Cet événement avait coïncidé avec la seconde invasion des Péloponésiens en Attique. Etablis à Notion, les réfugiés colopboniens avaient recommencé leurs querelles. Une partie d’entre eux avaient obtenu de Pissouthnès un renfort d’Arca-diens Les satrapes perses avaient l’habitude de prendre à leur solde des bandes de Grecs mercenaires, principalement recrutés en Arcadie, et dont ils se servaient pour garder les forteresses de leurs provinces. et de Barbares, les avaient placés dans un quartier retranché ; et, de concert avec ceux de la ville haute qui tenaient pour les Mèdes, ils faisaient la loi dans Notion. Leurs ad ver-saires, forcés de s’expatrier, appelèrent Pachès. Celui-ci demanda une entrevue à Hippias, chef des Arcadiens qui occupaient le quartier retranché, sous promesse de l’y réinstaller sain et sauf, dans le cas où l’on ne parviendrait pas à s’entendre. Mais Hippias ne fut pas plus tôt sorti, que Pachès l’arrêta, sans toutefois le mettre aux fers ; puis il assaillit brusquement la citadelle, s’en empara par surprise, et fit main basse sur les Arcadiens et sur les Barbares qui s’y trouvaient. Après quoi, selon sa promesse, il y reconduisit Hippias; mais, aussitôt entré, il le fit saisir et percer de traits. Là-dessus Pachès rendit Notion aux Colophoni ens, à l'exclusion des partisans des Mèdes. Plus tard les Athéniens peuplèrent Notion par l’envoi d’one colonie, conformément à leurs propres lois Non pas une colonie exclusivement composée d’Athéniens, mais dont les chefs étaient d’Athènes, et dont cette ville prenait la direction. . Ils y réunirent tous les Golophoniens disséminés en différentes villes. De retour à Mytilène, Pachès soumit Pyrrha et Éré-sos. Il prit le Lacédémonien Saléthos, caché dans la ville, et le fit partir pour Athènes en compagnie des Mytiléniens déposés à Ténédos et de tous ceux qu’il regardait comme auteurs de la défection. Il renvoya pareillement la majeure partie de ses troupes; et, demeurant avec le reste, il organisa à son gré Mytilène et tonte File de Lesbos. A l'arrivée des Mytiléniens et de Saléthos, les Athéniens mirent immédiatement à mort ce dernier, malgré toutes les offres qu’il put leur faire, notamment d’éloigner de Platée les Péloponésiens, qui l’assiégeaient encore. Ils délibérèrent ensuite sur le sort des prisonniers. Dans un premier accès de colère, ils résolurent de faire périr, non-seulement ceux qui se trouvaient à Athènes, mais encore tous les Mytiléniens adultes, et de réduire en esclavage les femmes et les enfants. Ils ne leur pardonnaient pas de s’être portés à la révolte sans avoir, comme les autres, l’excuse de l’assujettissement Les Lesbiens et les Chiotes étaient les seuls alliés d’Athènes qui fussent demeurés jusqu’alors indépendants, en se conformant aux conditions primitives du traité d’alliance, telles qu’elles avaient été stipulées du temps d’Aristide, c’est-à-dire en fournissant leur contribution de guerre et leur contingent de vaisseaux. . Ce qui augmentait l'irritation, c'était que la flotte péloponésienne eût osé s’aventurer en Ionie an secours de Mytilène; on y voyait l’indice d’une rébellion ourdie de longue main. Une trirème fut dépêchée à Pachès pour lui,notifier le décret et pour lui prescrire de passer immédiatement les Mytiléniens au fil de l’épée. Mais, dès le lendemain, les Athéniens se prirent à considérer l’énormité d’une sentence qui frappait un peuple entier au lieu des seuls coupables. Instruits de ce changement, les députés mytiléniens et leurs amis d’Athènes obtinrent des magistrats qu’ils remissent l'affaire en délibération. Ils y réussirent sans peine, car la majorité des citoyens désirait revenir sur le vote précédent. L’assemblée se forma sur-le-champ. On y entendit plusieurs orateurs, entre autres Cléon fils de Cléénétos Ce Cléon est le célèbre démagogue qui fut à la tête de la république pendant les sept années écoulées depuis la mort de Périclès jusqu’à la bataille d’Amphipolis (429-422 av. J. C.). , le même qui, la veille, avait fait passer le décret de mort. A cette époque, Athènes n’avait pas de citoyen plus violent ni plus écouté du peuple. Il monta de nouveau à la tribune et prononça le discours suivant :