Le même hiver, les Potidéates assiégés se trouvèrent dans l’impossibilité de tenir davantage. Les incursions des Péloponésiens n’avaient pas réussi à faire lever le siège aux Athéniens; les vivres manquaient, et la famine était si affreuse que , les habitants en étaient venus à se manger entre eux. Ils firent donc des propositions d’accommodement aux généraux athéniens, Xénophon fils d’Euripidès, Hestiodoros fils d’Aristocli-dès, et Phanomachos fils de Callimachos, qui commandaient l’armée de siège. Ceux-ci prêtèrent l’oreille, car ils considéraient les souffrances de leurs soldats dans un climat rigoureux, ainsi que les frais occasionnés à l’État par la prolongation de ce siège, et qui se montaient à deux mille talents Dix millions huit cent mille francs. . Les termes de la capitulation furent que les assiégés, leurs enfants, leurs femmes et leurs auxiliaires sortiraient de la ville, les hommes avec un seul vêtement, les femmes avec deux, et n’emportant pour leur voyage qu’une somme d’argent déterminée. Ils sortirent donc en vertu de cette convention; ils se réfugièrent en Chalcidique et chacun où il put. Les Athéniens surent mauvais gré à leurs généraux d’avoir traité sans leur aveu ; ils s’attendaient à ce que Potidée se rendît à discrétion. Plus tard, ils la repeuplèrent par l’envoi d’une colonie athénienne. Tels furent les événements de cet hiver, avec lequel se termina la deuxième année de la guerre que Thucydide a racontée. L’été suivant Troisième année de la guerre, 429 av. J. C. , les Péloponésiens et leurs alliés, au lieu d'envahir l’Attique, marchèrent sur Platée. Archidamos, fils de Zeuxidamos et roi des Lacédémoniens, les commandait. Après avoir assis son camp, il se mit en devoir de ravager la campagne ; mais les Platéens se hâtèrent de lui envoyer des députés qui lui dirent : « Archidamos et vous, Lacédémoniens, ce n’est pas agir d’une manière juste ni digne de vous et de yos pères que d’en, trer à main armée dans le pays des Platéens. Lorsque le. Lacédémonien Pausanias, fils de Cléombrotos, eut délivré la Grèce de l’invasion desMèdes, conjointement avec ceux des Grecs qui prirent part au combat livré sous nos murs, il fit un sacrifice à Jupiter libérateur dans la place publique de Platée ; et là, en présence de tous les alliés assemblés, il rendit aux Platéens la libre possession de leur ville et de leur territoire Repris sur les Perses, qui l’avaient occupé. Pour la déclaration de Pausanias à l’honneur des Platéens, voyez Hérodote, IX, lix; Diodore de Sicile, XI, xxix; Plutarque, Arist. xvii. , déclarant que, si jamais personne les attaquait injustement et pour les asservir, les alliés présents les assisteraient de tout leur pouvoir. Voilà ce que vos pères nous garantirent en retour du dévouement et de la vaillance que nous déployâmes dans ces jours de danger. Et vous, vous faites précisément le contraire. Vous venez avec les Thébains, nos ennemis jurés, pour nous asservir. Prenant donc à témoin les dieux qui reçurent alors vos serments, les dieux de vos pères et ceux de notre pays, nous vous sommons de respecter le territoire de Platée et de ne point enfreindre vos serments, mais de nous laisser jouir de l’indépendance que nous octroya Pausanias. » Ainsi parlèrent les Platéens. Archidamos'leur répondit : « Ce que vous dites est juste, pourvu que vos actions soient d’accord avec vos paroles. Gardez l’indépendance que Pausanias vous a garantie, mais joignez-vous à nous pour affranchir les peuples qui partagèrent alors les mêmes dangers, prêtèrent les mêmes serments, et qui gémissent aujourd’hui sous le despotisme d’Athènes. Ce grand armement et cette guerre n’ont d’autre but que leur délivrance. Le mieux serait d’y coopérer vous-mêmes par respect pour les serments; au moins faites ce que nous vous avons déjà proposé : demeurez en repos, tout en cultivant vos terres et en observant la neutralité. Recevez les deux partis à titre d’amis, sans aider ni l’un ni l’autre de vos armes. C’est tout ce que nous vous demandons. » Telle fut la réponse d’Archidamos. Les députés rentrèrent pour la communiquer au peuple. Les Platéens répliquèrent qu’ils ne pouvaient accepter ces propositions sans l’agrément des Athéniens, vu qye leurs femmes et leurs enfants étaient à Athènes ; que d’ailleurs ils craignaient pour l’existence de leur ville; car les Athéniens pourraient venir après la retraite des Péloponésiens et s’opposer à cette convention; comme aussi les Thébains, se firouvant compris dans le traité qui obligerait Platée à recevoir les deux partis, tenteraient peut-être une seconde fois de s’emparer de cette ville. Archidamos s’efforça de les rassurer en leur disant : « Eh bien, remettez aux Lacédémoniens votre ville et vos niaisons. Indiquez les limites de votre territoire, le nombre de vos arbres et de tout ce qui est susceptible d’être compté; puis retirez-vous de vos personnes où bon vous semblera pour tout le temps que durera cetto guerre. Lorsqu’elle sera finie, nous vous restituerons le tout avec fidélité. Jusque-là nous le garderons en dépôt; nous cultiverons vos terres et vous payerons une rente proportionnée à vos besoins. » Les députés rentrèrent de nouveau dans la ville; et, après s’être consultés avec la multitude, ils répondirent qu’ils désiraient au préalable communiquer aux Athéniens ces propositions, et que, si elles obtenaient leur assentiment, ils les accepteraient. En attendant, ils demandèrent une suspension d’armes et la promesse de respecter leurs campagnes. Ar-chidam®s accorda une trêve pour le temps que leur voyage devait raisonnablement durer, et ne ravagea point le territoire. Arrivés à Athènes, les députés de ^Platée obtinrent audience ; pais ils rapportèrent à leurs concitoyens la déclaration suivante : « Platéens, depuis le jour où vous êtes devenus leurs alliés, les Athéniens ne vous ont jamais laissés en butte à un outrage; ils ne vous abandonneront pas davantage aujourd’hui, et leur appui ne vous fera pas défaut. Ils vous adjurent donc, en vertu des serments de vos pères, de ne rien innover en ce qui concerne Γalliance. » £ur ce rapport des députés, les Platéens décidèrent de ne point trahir les Athéniens, mais de supporter au besoin que leurs terres fussent ravagées sous leurs yeux, et de se résigner à toutes les extrémités. Ils résolurent également de ne plus laisser personne sortir de la ville, mais de répondre du haut de leurs murs qu’il leur était impossible de satisfaire les Lacédémoniens. Sur cette réponse, Archidamos invoqua en ces termes les dieux et les héros du pays ; « Dieux protecteurs du pays de Platée, et vous, héros, soyez-nous témoins que c’est sans aucune injustice, et seulement après le parjure de ces geus,que nous avons envahi cette terre, où nos pères, grâce à vous, triomphèrent des Mèdes, et où vous fîtes trouver aux Grecs un favorable champ de bataille. Et maintenant, quoi que nous fassions, nul ne peut nous taxer d’injustice ; car nos propositions équitables et tant de fois renouvelées ne rencontrent que des refus. Souffrez donc que les offenseurs soient punis, et laissez un libre cours à notre vengeance. »