En prenant position près d’Acharnes en ordre de bataille, sans descendre encore dans la plaine, Archidamos espérait, dit-on, que les Athéniens, fiers de leur nombreuse jeunesse et parfaitement préparés, sortiraient peut-être, et n’assisteraient pas de sang-froid à la dévastation de leur territoire. Ne les ayant rencontrés ni à Eleusis ni dans la plaine de Thria, il voulut voir si, en s’établissant près d’Acharnes, il ne les attirerait pas en rase campagne. L’endroit lui paraissait favorable pour y asseoir un camp. Il pensait que les Achamiens, formant une portion notable de l’Etat, puisqu’ils fournissaient trois mille hoplites, ne laisseraient pas dévaster leurs terres, mais qu’ils entraîneraient la masse au combat. Enfin, si les Athéniens ne s’opposaient pas à cette invasion, rien n’empêcherait de ravager la plaine et de pousser même jusqu’à la ville ; car il était peu probable que les Achamiens, après la ruine de leurs propriétés, missent la même ardeur à défendre celles des autres ; il en résulterait de la désunion. C’est là ce qui retenait Archidamos aux environs d’Acharnes. Tant que l’armée était restée près d’Eleusis et dans la plaine de Thria, les Athéniens avaient espéré qu’elle n’irait pas plus loin. Ils se souvenaient que Plistoanax, fils de Pausanias et roi des Lacédémoniens, lorsqu’il avait envahi l’Attique quatorze ans avant la guerre actuelle, s’était avancé jusqu’à Ëleu-sis et à Thria, mais qu’il avait rebroussé sans passer outre, ce qui l’avait fait bannir de Sparte, parce qu’on croyait qu’il avait reçu de l’argent pour battre en retraite Sur l’expédition de Piistoanax en Attique, voyez liv. I, ch cxiv, et, £ur son exil à Sparte, liv. V, ch. xvi. ; quand ils virent l’ennemi campé devant Acharnes, à soixante stades d’Athènes, ils perdirent patience. Le spectacle de leurs campagnes ravagées sous leurs yeux, spectacle nouveau pour les jeunes gens -et même pour les vieillards depuis les guerres médiques, les faisait frémir de rage. Tous, et principalement la jeunesse, deman-, daient à venger cet affront. Des groupes se formaient, on disputait avec vivacité, les uns pour, les autres contre l’appel aux armes. Les devins chantaient toute sorte d’oracles, que ohacun écoutait sous'l’empire de sa passion. Les Achamiens, qui se considéraient comme une fraction importante de la république, voyant leur territoire dévasté, demandaient à grands cris qu’on se mît en campagne. L’exaspération était au comble ; on jetait feu et flammes contre Périclès ; on oubliait ses avis précédents, on le taxait de lâcheté, parce qu’étant général il refusait de combattre ; enfin on le regardait comme l’auteur de tous les maux, Périclès, s’apercevant que les Athéniens ôtaient aigris par les événements et que l’opinion était égarée, convaincu d’ailleurs qu’il avait raison de s’opposer à toute sortie, ne convoquait ni assemblée ni réunion quelconque, de peur que le peuple ne fît quelque imprudence, s’il ne prenait conseil que de son courroux. Il se contentait de garder la ville et d’y maintenir autant qu’il le pouvait la tranquillité ; mais il expédiait journellement des cavaliers, pour empêcher les coureurs ennemis d’infester les environs d’Athènes. Il y eut même à Phrygies un léger engagement entre la cavalerie béotienue et un escadron athénien, appuyé par des Thessaliens. Les Athéniens soutinrent le combat sans désavantage, jusqu’au moment où l’ennemi reçut un renfort d’hoplites, qui les força de se replier avec quelque perte ; toutefois ils enlevèrent leurs morts le jour même sans composition Demander à l’ennemi la permission d’enlever les morts, c’était reconnaître qu’on n’était pas maître du champ de bataille, et par conséquent s’avouer vaincu. . Le lendemain, les Péloponésiens érigèrent un trophée. Ces auxiliaires thessaliens étaient venus en vertu de l’ancien pacte avec Athènes Sur l’alliance des Thessaliens avec Athènes, voyez liv. I, ch. eu et cvii. Voyez aussi liv. IV, ch. lxxviii, où il est dit que le peuple de Thessalie était de tout temps favorable aux Athéniens. Cependant la coopération des Thessaliens parait s’être bornée à ce premier envoi de cavalerie auxiliaire. Dès lors il n’en est plus question; c’est ce qui explique pourquoi Thucydide ne mentionne pas les Thessaliens dans son énumération des alliés d’Athènes. ; leur troupe se composait de Larisséens, de Pharsaliens Le texte reçu ajoute Παράσιοι , nom chine tille tout à tait inconnue. Il y avait bien une ville de Parrhasie en Arcadie; mais scholiaste de Thucydide est le seul qui parle de Parasie en Thessalie. Or ce scholiaste n’est pas très-versé dans la géographie, puisque (I, xrn) il place en Afrique la ville de Marseille, la confondant sans doute avec les Massyles. , de Cranoniens, de Pyrasiens, de Gyrtoniens et de Phéréens. A leur tête se trouvaient Polymédès et Aristonoos, tous deux de Larisse, mais de factions opposées, et Ménon de Pharsale. Chaque ville avait son chef particulier. Les Péloponésiens , voyant les Athéniens déterminés à refuser le combat, partirent d’Achames et ravagèrent quelques autres d£mes situés entre les monts Parnès et Briles-sos. Ils étaient encore en Attique, lorsque les Athéniens envoyèrent autour du Péloponèse les cent vaisseaux qu’ils avaient équipés, et qui portaient mille hoplites et quatre cents archers. Les commandants de cette flotte étaient Carcinos fils de Xéno-timos, Protéas fils d^piolès, et Socratès fils d’Antigénès. Ils mirent à la voile avec cet armement pour faire le tour du Péloponèse. Les Péloponésiens restèrent en Aftique aussi longtemps qu’ils eurent des vivres ; ensuite ils opérèrent leur retraite par la Béotie, et non par la route qu’ils avaient suivie au moment de l’invasion Au lieu de revenir sur leurs pas en traversant les cantons ravagés de l’Attique, ils suivirent la route de Décélie, et laissèrent à gauche le mont Pamès. D’Oropos ils remontèrent la vallée de l'Asopos, et prirent, à travers le Cithéron, le chemin des Dryos-céphales et d'Eleuthères, qui les ramenait à Éleusis . En passant devant Oropos, ils ravagèrent la contrée qui porte le nom de Péraïque Cette dénomination n’est pas certaine. D’autres lisent rpancrjv-11 s’agit d’un district situé entre Oropos et Tanagra, en face de Chalcis et d’Érétrie, et qui, pour cette raison, se nommait περαῖα ou πέραν γῆ . Hérodote (VIII, xliv) appelle ce même pays ἡ περαίη τῆς Βοιωτίης χώρας . et qui appartient aux Oropiens, sujets des Athéniens. De retour dans le Péloponèse, ils se séparèrent et chacun regagna ses foyers. Après leur départ, les Athéniens établirent, sur terre et sur mer, un système de défense pour toute la durée de la guerre. On décréta qu’une somme de mille talents serait prélevée sur le trésor de l'acropole et mise en réserve, et que le surplus serait appliqué aux dépenses de la guerre. Il y eut peine de mort pour quiconque ferait ou mettrait aux voix la proposition de toucher à cet argent, à moins que la ville ne fût menacée par une flotte ennemie et dans un danger imminent. On décréta pareillement qu’on tiendrait en réserve cent trirèmes, choisies chaque année parmi les meilleures, avec leurs triérarques Les triérarques étaient les commandants des trirèmes. Chaque année les généraux désignaient à tour de rôle, parmi les citoyens les plus imposés, autant de triérarques qu’il y avait de galères disponibles. L’État fournissait les vaisseaux, leurs agrès et la solde des équipages. Les triérarques étaient chargés de l’entretien de leur galère pendant la durée de la campagne. Cet impôt était très-onéreux. Après la guerre du Péloponèse, l’amoindrissement des fortunes particulières rendit cette organisation impossible. On permit alors à deux ou à plusieurs citoyens de se réunir pour faire les frais de la triérarchie. , pour n’ètre employées qu’avec l’argent du trésor et pour la même éventualité, c’est-à-dire en cas d’urgence.