Ainsi investis du commandement par l’adhésion spontanée des alliés, auxquels Pausanias s'était rendu odieux, les Athéniens déterminèrent quelles villes auraient à fournir de l'argent ou des vaisseaux pour la continuation de la guerre contre les Barbares. Le prétexte fut de ravager le pays du roi par droit de représailles. De cette époque date chez les Athéniens l'institution des Hellénotames Trésoriers des Grecs. Ces magistrats athéniens, probablement au nombre de dix, étaient chargés de recevoir le tribut que les alliés apportaient à Athènes à l’époque des fêtes de Bacchus. Le trésor commun ne resta pas longtemps à Délos ; les Athéniens le transportèrent à Athènes, et en disposèrent comme d'un reverrti. Les assemblées de Délos cessèrent pareillement. , magistrats chargés de recevoir le tribut, car tel fut le nom donné à cette contribution. Ce tribut fut fixé dans Γ origine à quatre cent soixante talents Environ deux millions cinq cent mille francs. Au commencement de la guerre du Péloponèse, la somme était de six cents talents (II, xm), parce que les défections successives avaient été punies par une aggravation de tribut. . Le trésor fut déposé à Délos, et les assemblées se tinrent dans le temple. Placés à la tête d'alliés originairement indépendants et ayant droit de suffrage dans des assemblées générales, les Athéniens étendirent peu à peu leur domination, soit par les armes, soit par des mesures administratives, dans l’intervalle compris entre la guerre Médique et celle-ci. Ils eurent tour à tour à combattre les Barbares, leurs propres alliés révoltés, et enfin les Péloponésiens, qu’ils rencontraient dans tous leurs différends. A ce propos je me suis permis une digression, parce que tous mes devanciers ont laissé cette période dans l’ombre, et se sont bornés à raconter Thistoire de la Grèce avant ou pendant les guerres Médiques. Le seul qui ait abordé ce sujet, Hellanicos, dans son histoire d’Athènes Hellanicos, ancien historien grec, né à Myti-lène dans l’île de Lesbos. Il est classé parmi les logographes et doit être antérieur à Hérodote. Les ouvrages attribués à Hellanicos, et dont nous ne possédons guère que les titres, sont fort nombreux. Son histoire d’Athènes (’AriKç), dont il est ici question, était divisée en quatre livres, et remontait jusqu’aux temps fabuleux. , n’a fait que l'effleurer, sans indiquer exactement la chronologie. D’ailleurs cet exposé achèvera de faire connaître comment s'établit l’empire des Athéniens. D’abord, sous la conduite de Cimon, fils de Miltiade, ils assiégèrent et prirent sur les Mèdes la ville d'Éïon, à l’embouchure du Strymon. Les habitants furent vendus comme esclaves. Ensuite ils firent subir le même traitement à la population de Scyros, île de la mer Égée, habitée par des Dolopes, et qu'ils repeuplèrent par une colonie d’Athéniens L'île de Scyros est voisine de la Thessalie. Ses habitants exerçaient la piraterie. Ils furent condamnés par les Àm-phictyons pour avoir capturé des vaisseaux qui se rendaient à Delphes. Les Athéniens furent chargés de l'exécution de la sentence. De la dlme du butin fait à Scyros, ils élevèrent à Athènes le célèbre temple de Thésée, Cimon ayant soi-disant retrouvé dans l’île les ossements de ce héros. . Ils soutinrent aussi contre les Carystiens Carystos, ville située sur la côte méridionale de l'Eubée, au pied du mont Ocha. Le reste de nie était tributaire des Athéniens. une guerre, à laquelle le reste del’Eubée demeura étranger· et qui se termina par un accommodement. Après cela, les Naxiens se révoltèrent ; mais ils furent attaqués, assiégés et soumis. Ce fut la première ville alliée qui fut privée de la liberté, contrairement au droit établi ; plus tard les autres éprouvèrent successivement le même sort. Les défections provenaient de plusieurs causes, en particulier de la difficulté qu’éprouvaient la plupart des alliés à fournir régulièrement l’argent, les vaisseaux et même les hommes. Les Athéniens usaient de rigueur, et se faisaient haïr en employant la contrainte envers des gens qui n’avaient ni l’habitude ni la volonté d’endurer les fatigues de la guerre Sur la répugnance des Ioniens pour le service militaire, voyez Hérodote, VI, xii. . Leur commandement avait cessé d’être accepté avec plaisir; dans les expéditions communes, ils ne traitaient plus les alliés en égaux, et il leur était facile de réprimer les rébellions. La faute en était aux alliés eux-mêmes ; la plupart, dans leur répugnance à porter les armes et à s’éloigner de leurs foyers, s’étaient imposé, en place des vaisseaux à fournir, une somme d’argent équivalente Ainsi la marine athénienne s’accroissait avec les fonds fourn s parles alliés; et lorsque ceux-ci venaient à se révolter, ils se trouvaient engagés dans la guerre sans avoir ni l’expérience ni les forces nécessaires pour la soutenir. Ce fut après ces événements que les Athéniens et leurs alliés livrèrent un combat sur terre et un combat naval contre les Mèdes à l’embouchure du fleuve Eurymédon en Pamphylie. Les Athéniens, commandés par Gimon, fils de Miltiade, remportèrent dans le même jour une double victoire. Ils prirent ou détruisirent les trirèmes phéniciennes au nombre de deux cents. Quelque temps après eut lieu la défection des Thasiens, occasionnée par un différend au sujet des comptoirs et des mines qu’ils possédaient sur la côte de Thrace, située en face de leur île Ce sont les fameuses mines d'or et d'argent du mont Pangée, dans la Thrace méridionale, entre les fleuves Strymon et Nestos. Ces mines avaient été découvertes par les Phéniciens; puis les Grecs les avaient exploitées ; enfin elles tombèrent entre les mains de Philippe de Macédoine, qui en tira un revenu considérable, et bâtit dans le voisinage la ville de Philippes. . Les Athéniens dirigèrent une flotte contre Thasos, furent vainqueurs sur mer et opérèrent un débarquement. Vers la même époque, ils envoyèrent dix mille colons, Athéniens et alliés, pour s’établir sur le bord du Strymon, à l’endroit alors appelé les Neuf-Voies et maintenant Amphipolis Amphipolis était situé à l'endroit où le Strymon sort du lac Cer-cinitis, à deux lieues de la mer. Aristagoras de Milet avait essayé d'y établir une colonie; mais elle avait été détruite par les Édoniens (Hérodote, V, cxxiv, ofi l’endroit est nommé Myrcinos). Attirés par les avantages de cette position, les Athéniens renouvelèrent deux fois la même entreprise, d’abord sans succès; mais enfin, en 437 av. 3. C., sous -la conduite d'Hagnon, ils triomphèrent de la résistance des Thraces, et fondèrent définitivement la ville d'Amphipolis. Voyez liv. IV, ch. en. . Ils s’emparèrent des Neuf-Voies sur les Édoniens; mais s’étant avancés dans l’intérieur des terres, ils furent taillés en pièces àDrabescos dans TÉdonie par les forces réunies des Thraces, qui voyaient de mauvais œil l’établissement formé aux Neuf-Voies.